Presse écrite – quel iceberg nous a heurté ?

© D.R.

© D.R.

Qu’arrive-t-il à la presse écrite ?

Voici la suite de la réflexion sur l’état de la presse française.  Dernier article paru : « Qu’arrive-t-il à la presse écrite? » par E. Anizon, R. Sénéjoux, O. Tesquet, Télérama no. 3287 du 9 janvier 2013. Le début de l’article nous accueille par des habituelles images d’une catastrophe venue d’extérieur. On parle du Titanic et de journaux « emportés par la déferlante« . Quel iceberg nous a donc heurté, nous les journalistes de la presse écrite voguant tranquillement sur notre Titanic ?

Par ordre alphabéthique, l’article nous apprend qu’il faut (lettre B) « faire du buzz, même du mauvais buzz », dixit Christophe Barbier de l’Express, mais aussi qu’il ne suffit pas de publier sur la chic tablette à la pomme pour survivre (lettre D : exemple du journal numérique Daily News aux États-Unis). La lettre F nous parle des femmes et en dit long sur la situation de la soi-disant égalité des chances et des sexes : « Bref, le métier est en crise et ne paie plus, alors les hommes fuient et les femmes affluent. »

La lettre H nous offre la joie de retrouver encore un business man à la tête d’un groupe de presse, le feu groupe Hersant : Welcome, Mister Tapie. Sous la lettre  J comme journalisme, c’est l’angoisse existentielle qui pointe. À quoi servons nous encore, nous les journalistes, si tout le monde peut écrire sur tout et lire tout, sans payer ?

Ah, enfin une bonne nouvelle : le site Médiapart, payant, affiche des bénéfices. Puis sous la lettre P, est mentionné le livre de Jean Stern (voir mon article « La presse française-l’apocalypse ? ») et les journaux sous-financés et sous-capitalisés des grands patrons de presse. Mais c’est à la fin de notre alphabet apocalyptique que l’on touche peut-être au coeur d’un des problèmes des journalistes. « R comme reportage : exercice journalistique de plus en plus délaissé. Dans les rédactions web (et pas seulement, hélas !), il est rare qu’un journaliste puisse se de-scotcher de son écran. Et dans les rédactions papier, il est de plus en plus difficile de les faire financer. » Cela me rappelle Jean Stern : pas d’argent, pas de reportages. Mais encore une fois, c’est trop facile de pointer l’iceberg du manque d’argent. Pourquoi il n’y a plus de reportages ? Est-ce uniquement une question monétaire ? La lettre V nous l’affirme : « V comme voyage de presse. Reportage du pauvre. » Sans doute nous nous avons fait avoir par cette solution facile et gratuite de « reportage-voyage ». Comment convaincre son patron de nous payer un reportage quand il ne voit pas (ou plus) la différence entre un article écrit suite à un voyage de presse et un article écrit suite à des investigations indépendantes ? Le publi-reportage, voilà ce que sont aujourd’hui la plupart de nos soi-disant reportages. On sert la soupe à la ville de X, à Mme Y, au pays Z etc. Bienvenu dans un monde de partenariat, la sacro-sainte bouée de sauvetage d’un journalisme qui n’en est plus un.

Voilà le véritable iceberg : la partie la plus importante est sous l’eau, elle est invisible. C’est nous, les journalistes. Commençons à nous mettre un peu en question. Peut-être nous nous avons trop reposé dans notre petit monde douillet de la presse écrite ? « On a toujours fait comme ça, pourquoi changer ? » – « Ça fait trente ans que je travaille comme journaliste, ce n’est pas maintenant que je vais me mettre en cause. » – « On n’attend pas la réponse, on avance, on avance. » – « Moi, je suis rédacteur en chef, toi, écrase. » Dans un environnement de ce type, pensez-vous vraiment que nous sommes prêts à affronter les bouleversements actuelles ? Ne pensez-vous pas que sans plus d’exigence et plus d’originalité, deux des préconisations des auteurs de Télérama d’ailleurs, nous allons sombrer, et pas seulement parce qu’ un iceberg nommé numérique nous a heurté, mais surtout parce que nous avons continué à faire comme si de rien était ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s