L’Allemagne – cette inconnue dont on s’en fout

© fdecomite/CC BY 2.0

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2013 est l’année du Cinquantenaire du traité de l’Élysée, et aussi celle des trente ans du prix franco-allemand du journalisme. On ne peut pas dire que nous sommes inondés d’articles et d’analyses sur cette amitié franco-allemande qu’on sort de temps en temps pour se faire pardonner de ne pas chercher plus loin. Personne ne peut nier que beaucoup de choses se sont améliorées depuis la fin de la Deuxième Guerre, mais justement – c’est bien elle qui sert encore et toujours de référence. À l’occasion de la commémoration du traité de l’Élysée début janvier, la chaîne France 2  a eu la bonne idée l’illustrer l’amitié franco-allemande avec un reportage sur … Oradour-sur-Glane. Suite à quelques images de ce village martyr, monsieur le maire d’Oradour explique qu’il souhaite que des hauts représentants allemands viennent sur place pour demander pardon. Voilà où on est, presque 70 ans après l’annihilation monstrueuse du village d’Oradour. Je ne mets aucunement en cause les faits historiques, ni les souffrances des familles. Mais évoquer l’horreur et la douleur, et demander des excuses, surtout des excuses d’un acte que l’autre n’a pas commis, est-ce cela l’amitié? Doit-on s’excuser d’être né dans un pays plutôt que dans un autre ? S’excuser de faire partie d’une société et d’une Histoire qui a certes produit des assassins d’enfants et de femmes ? Comment une amitié peut-elle se construire si le passé n’est pas « passé » ? Si on ne lâche pas ce passé, on charge le présent du poids écrasant de la culpabilité. Si on ne laisse pas le passé devenir Histoire, il nous hantera.

Lors d’un récent sondage organisé par l’ambassade d’Allemagne, on a demandé aux Français quel sentiment ils avaient envers l’Allemagne. La réponse de la majorité des interrogés était : « du respect ». Les Allemands eux, ont répondu à la même question : « de la sympathie ». D’un côté, on remarque la distance, et de l’autre, un attachement émotionnel. Ce résultat anéantit quelques préjugés véhiculés depuis si longtemps, ceux qui veulent que les Allemands soient froids et distants et les Français bon-vivants et chaleureux.

Il nous reste beaucoup à faire dans cette relation France-Allemagne décidément compliquée – mais est-ce que nous en avons envie ? Combien de journalistes français connaissent bien l’Allemagne ? Qui connait des villes allemandes autres que Berlin la très branchée ? Combien savent placer sur une carte Hanovre, Erfurt ou Regensburg, Ratisbonne en Français ? Combien de journalistes parlent bien l’Allemand ? Qui lit la presse allemande autre que la presse économique ? Qui s’y rend en vacances ? Les clichés arrangent tout le monde : les Allemands partent en France pour visiter la tour Eiffel, boire du vin et passer des vacances au soleil, les Français achètent des VW, Audi et autres BMW et admirent la technologie allemande. En quoi consiste alors la fameuse amitié franco-allemande ? Il est temps de trouver des réponses valables, car à force de répéter des idées reçues, nous risquons de devenir un vieux couple qui se supporte mais ne s’aime plus.

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