La Bratwurst et le Ketchup

© cyclonebill/CC BY-SA 2.0

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Le couple France – Allemagne, crise ou pas crise ?

Telle était la question posée lors de la conférence « Les 50 ans du Traité de l’Élysée – et après …? » qui a eu lieu à l’institut Goethe à Paris le 12 février dernier. Ce n’était donc pas seulement un résumée de l’histoire commune entre les deux pays, mais un questionnement sur l’avenir de cette relation dite privilégiée.

« Sprechen Sie Deutsch ? »  –   « Euh, pardon ? »

Les jeunes Allemands peuvent-ils communiquer avec les jeunes Français, et vice versa ? Ils peuvent, mais je ne parlera pas de ceux qui le feront  – en Anglais. Après 50 ans d’efforts, une meilleur connaissance de l’autre devrait être possible. Encore faut-il qu’on puisse se parler dans la langue de l’autre. Michael Ohnmacht, secrétaire général adjoint pour la coopération franco-allemande, qui a tiré un bilan plutôt positif, a communiqué deux chiffres plutôt surprenants. L’apprentissage de l’Allemand en France est de 16%, en Allemagne ce chiffre atteint 25%. Déjà, un Quart ne me paraît pas un chiffre extraordinaire, mais les 16% en France m’ont vraiment surpris. Je savais que beaucoup de parents en France ne choisissent pas l’Allemand par affinité, mais pour assurer que leur enfant se retrouve dans la meilleure classe. L’Allemand étant réputé difficile, ce choix permet de se débarrasser de tous ceux qui ne sont pas à la hauteur. Déjà, c’est mal parti. Une personne dans l’audience nous explique une autre bonne raison d’apprendre l’Allemand. La langue germanique, nous dit-il, est pour certains parents assimilé aux Mathématiques, et les Maths sont la voie royale du succès en France. De ces malheureux 16% de jeunes Français et Françaises, une bonne partie choisit donc l’Allemand pour de raisons autres que linguistiques. Je ne parlerai pas de la qualité d’enseignement de l’Allemand en France, c’est un autre sujet, très sensible en plus.

Les « alte Säcke » et les « djeunes »

Se parler entre Allemands et Français semble difficile, puisque à l’école on apprend l’Allemand pour améliorer ses compétences en calcul mental et non pas pour se délecter de la beauté poétique de la langue. S’ajoute aux difficultés évoqués la démographie des deux pays, qui a connu un changement radical depuis ces derniers 50 ans, et qui a produit un effet vieux schnocks (« alte Säcke » en allemand)  et jeunes. La journaliste Jacqueline Hénard, qui a écrit plusieurs livres au sujet de l’Allemagne et récemment « L’Allemagne: un modèle, mais pour qui?« , pointe le vieillissement de la population allemande. Entre 2000 et 2011, le nombre de jeunes de moins de 15 ans a diminué de 2 millions. Or, en France, il a augmenté de 600 000. Notre affaire se gâte considérablement. Déjà, on se parle difficilement, mais en plus, on n’a plus personne à qui parler !

La relation franco-allemande, choisie ou subie ?

Mais tout ne peut pas être si sombre, il faut chercher plus loin. Laissons de côte les jeunes, les vieux et tout ceux qui se parlent en Anglais – il reste quoi? Mais l’Europe ! Le parlement européen, le marché européen de l’énergie, les joint-venture des entreprises européennes, la RATP qui régit le transport public berlinois et londonien, bref, une entité qui dépasse le couple franco-allemand. C’est ce qu’évoque Wolfram Vogel, directeur des affaires publiques d’Epex Spot, la bourse de l’échange énergétique européenne. Selon Vogel, il faut dépasser la relation à deux pour embrasser l’Europe dans sa totalité. L’énergie n’a pas de nationalité, et la transition énergétique est européenne et non pas franco-allemande. Peut-être n’est-ce plus question d’une relation choisie ou subie, évoqué par Catherine Trautmann, députée européenne, mais d’une réorientation vers autre chose que ce fameux couple franco-allemand ?

La « Bratwurst » et le Ketchup

Et au niveau des entreprises, comment ça se passe entre Gaulois et Germains ? Jacques Pateau, directeur de Pateau Consultants, nous a raconté l’explication d’un collègue allemand à qui on avait demandé de décrire la manière française de fonctionner. « Les Français », disait-il, « c’est comme du Ketchup. On secoue le flacon, on le re-secoue, mais rien ne sort. Puis on secoue encore, et tout d’en coup – blop ! – la moitié du contenu s’écrase sur l’assiette. » L’effet Révolution Française, en quelque sorte. Et les Allemands ? Ils prennent leur temps pour préparer leur barbecue, car la « Bratwurst » (la saucisse à griller) n’est pas un steak tartare. Le « deutsche Michel » et Marianne, un couple d’intérêt et un mariage de raison dans un lit étroit ? Il semblerait que c’est bien cela la réalité, malgré les belles déclarations de part et d’autre.

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