La CRDS, ou Encore un joint de robinet

Nous avons tous déjà fait l’expérience : quand tout un système est pourri, il ne sert à rien de changer des pièces.

tuyaux

Dans mon immeuble, les tuyaux d’arrivée d’eau ont atteint un âge vénérable. Je crains même qu’ils n’ont jamais été changés. Nous les habitants pouvons nous réjouir quotidiennement d’un concert composé de grincements, miaulements, gémissements et d’autres bruits bizarres qui émanent de ces entrailles en plomb. Parfois, j’ouvre le robinet, et le filet d’eau qui en sort diminue, s’amincit, diminue encore jusqu’à son arrêt total. Plus d’eau. Puis, après quelques instants, les tuyaux crachent, sautent, et l’eau revient, explose depuis mon robinet, par à-coups, entremêlée de bulles d’air qui éclatent en sortant. Je peux toujours changer le robinet, le joint du robinet, l’âge de la tuyauterie ne changera pas, le problème persistera.

J’ai trouvé un de ces « joints de robinet », une pièce appelée CRDS. La CRDS est un sigle qui apparait sur les fiches de paie en France. Mais qu’est-ce ? Voici ce que nous dit l’Urssaf :

 » La CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) a été instaurée le 1er février 1996 pour une durée de 13 ans. Finalement sa durée a été portée à 18 ans soit jusqu’au 31 janvier 2014. Elle a pour finalité d’apurer les déficits de la Sécurité sociale. »

Apurer signifie selon la définition du dictionnaire Larousse « s’assurer que les articles d’un compte (recettes et dépenses) sont régulièrement établis et appuyés des pièces justificatives. »

Je ne connais rien de la Finance, je suis un simple citoyen, mais j’essaie de comprendre ces mots. Il ne s’agirait donc pas de rembourser la dette de la Sécurité Sociale – ce qui est à priori impossible, vu les dizaines de milliards d’euros accumulés – mais d’assainir les comptes, de rééquilibrer les recettes et les dépenses. Comment ? En trouvant de recettes supplémentaires, comme la fameuse CRDS, la contribution au remboursement de la dette sociale. Nous y contribuons à un taux de 0,50%. En septembre dernier, la Cour des comptes préconisait un relèvement du taux à 0,56%. Mais même si on augmentait la CRDS, même si on arrivait à récupérer la somme équivalente à la dette annuelle de la Sécurité Sociale qui augmente chaque année, que fait-on de la dette déjà accumulée ?

La fin de la CRDS été annoncée pour le 31 janvier 2014. A-t-on réussi à apurer les comptes ? Une question rhétorique bien sur. On ne parle plus du remboursement de la dette. Nous allons la trimballer pour toujours, ou plutôt, nous allons la passer en héritage à nos enfants, en toute connaissance de cause. Le 13 septembre 2012, dans un communiqué sur la situation financière de la Sécurité Sociale, la Cour des Comptes mettait en garde:

« Si un effort exigeant de redressement n’est pas rapidement engagé, la dette sociale continuera à croître alors même qu’elle ne peut continuer à être reportée davantage sur les générations futures. »

Mais si, elle le peut. Nous sommes arrivés en juin 2014. Voici la bonne nouvelle, trouvée sur le site de l’INSEE : « Initialement prévue pour être prélevée à titre temporaire jusqu’au 31 janvier 2014, elle continuera à être perçue jusqu’à l’apurement de la dette sociale (disposition instituée par la loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie). »

Encore une bonne nouvelle ? Depuis la fameuse loi de 2004, nous payons aussi une franchise médicale de 1 euro par acte médical, en plus de la CRDS. Rappelez-vous, il y a dix ans, la situation de la Sécurité Sociale était décrite ainsi: « La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie s’est inscrite dans un contexte financier extrêmement dégradé. Le déficit du compte de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) s’élevait à 11,9 milliards d’euros fin 2004, soit environ 10% des dépenses de la branche. La CNAMTS n’a jamais connu de situation d’équilibre au cours des quinze dernières années et le déficit s’est accru très rapidement au cours de la dernière période. »

La CRDS, c’est comme le joint d’un robinet qu’on change de temps en temps, pour éviter qu’un futur habitant ne remarque la détérioration du système d’arrivée d’eau. C’est comme si on laissait à nos enfants une maison avec des robinets et joints tout neufs et bien visibles, en leur cachant soigneusement que dans la cave, les tuyaux sont déformés, prêts à exploser, remplis de substances toxiques, abîmés au-delà de toute possibilité de réparation. On n’a qu’à fort espérer que tout n’explosera pas avant de pouvoir se débarrasser de cette maison à la génération suivante …

Mis à jour le 28 juin 2014.

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