sculpture

Mithra et Isis – « L’Empire des Dieux » à Karlsruhe (Allemagne)

« L’Empire des Dieux. Isis – Mithra – Jésus Christ. Cultes et religions dans l’Empire romain », une exposition du Badisches Landesmuseum de Karlsruhe en Allemagne, a fermé ses portes fin mai 2014. Trois heures de trajet en train séparent Paris de cette ville allemande, avec son impressionnant Schloss, le château des anciens souverains du Land de Bade, qui rayonne sur la ville. Cet ensemble harmonieux a été construit au 18ème siècle. L’exposition a eu lieu à l’intérieur du château, couvert alors de bâches et d’échafaudages, qui ont caché la beauté de ce palais baroque.

L’espace d’entrée de « L’Empire des Dieux » simulait l’intérieur d’un temple et rappelait les bases pour une compréhension de la religio romaine: les dii consentes, les Douze divinités les plus importantes du panthéon romain. La religio romaine, selon Cicéron, est définie comme le cultus pius deorum (le culte pieux des Dieux). La pietas romaine ne doit pas être confondue avec la piété chrétienne; elle signifie la bonne attitude envers le Divin. Cette bonne attitude se manifestait dans les dédicaces des stèles, dans la formule latine L.L.M. (Libens Laetus Merito), où la personne, de son libre arbitre, heureuse et avec mérite, accomplissait sa promesse à la divinité. Une des surprises de l’exposition fut une petite statuette de déesse en bronze, ou une fente horizontale permettait d’y introduire des pièces de monnaie. Il s’agit effectivement d’un tronc, comme en existent encore dans toutes les églises chrétiennes.

D.I.M. : LES MYSTÈRES DU MÂLE MITHRA

Une grande partie était consacrée au culte de Mithra. L’introduction de cette divinité très ancienne se consacrait au travail de l’archéologue belge Franz Cumont (1868-1947) et ses publications « Textes et monuments figurés relatifs aux Mystères de Mithra » (1894-1899) et « Les mystères de Mithra » (1900). Ces ouvrages ont considérablement influencé l’interprétation de ce culte « venu d’Orient », mais aujourd’hui, les chercheurs travaillent davantage sur les échanges entre les cultures et sur les pratiques religieuses que sur une supposée opposition de cultures Occident-Orient.
L’étroite collaboration entre deux musées européens (un allemand, et l’autre italien) a permis de réunir les fragments d’un important bas-relief de Mithra de Tor Cervara (Rome), pour redonner au frise de Mithra tueur de taureau, toute sa puissance.

Mithrasrelief von Tor Cervara (Rom), 150 n. Chr

Bas-relief de Mithra de Tor Cervara (Rome), 150 après J.C. © Badisches Landesmuseum Karlsruhe / Thomas Goldschmidt

Certains objets de ce culte indo-iranien, notamment un gobelet représentant une tauroctonie (la mise à mort du taureau), provenant de la Archäologische Staatssammlung de Munich, évoquaient des bas-reliefs de danseuses indiennes et des personnages des temples d’Angkor au Cambodge. Un extraordinaire autel à double face, avec une représentation de Phaéton d’un côté et Mithra de l’autre, provenait du Museum Fechenbach de Dieburg en Allemagne.

Un autre objet surprenant était le glaive de culte, probablement utilisée pendant les cérémonies d’initiation du culte mithriaque, trouvé sur le site du hameau romain de Riegel. Afin de créer l’illusion d’une personne transpercée par une épée, la courbe de l’objet épousait le corps de la personne et montrait à l’initié seulement les deux extrémités de l’arme qui semblaient ainsi « sortir » des deux côtés du corps.

Kultschwert. "Imperium der Götter", Badisches Landesmuseum, Karlsruhe

Glaive de culte. Expo « Imperium der Götter », Badisches Landesmuseum, Karlsruhe

Un modèle grandeur nature du Mithraeum de Santa Maria Capua Vetere permettait de pénétrer dans un de ces lieux de culte caverneux, voutés et sombres, décorés de fresques, avec deux bancs incorporés de chaque côté, et une représentation central de Mithra au fond de cet espace. Deux personnages porteuses de torches, Cautes et Cautopatès, flanquaient l’entrée de cette grotte reconstituée.

Le culte mithriaque ne faisait pas partie des cultes officiels romains et était interdit aux femmes. Mithra était un dieu mâle, guerrier, et son culte particulièrement adapté à un univers martial. Son implantation dans des villes de garnisons et des villes portuaires dans l’Empire le montrait bien. Ce dieu, à qui on adressait la dédicace D.I.M. Deo Invicto Mithrae (Au Dieu Mithra invaincu), incarnait le Masculin.

ISIS LACTANS et MATER MAGNA

Parallèlement au « culte masculin » de Mithra existait le « culte féminin » de la déesse Isis, qui en revanche n’était pas réservée aux femmes. Isis est ainsi représentée sur les plaques en terre cuite du temple d’Apollon du Palatin à Rome, qui date de l’époque augustéenne. Ces deux divinités étaient parfois liées. Lors des cérémonies religieuses, on portait des masques d’animaux, pour Isis celui du dieu égyptien Anubis, ceux d’un corbeau ou d’un lion pour Mithra. Des fêtes honoraient deux épisodes de la vie de la déesse. D’abord le Navigum Isidis, le vaisseau d’Isis, qui a eu lieu le 5 mars et qui commémorait sa recherche d’Osiris, son époux. La deuxième, célébrée fin octobre, début novembre et appelée Inventio Osiridis, était la fête de la découverte d’Osiris.

À l’époque romaine, Isis, divinité d’origine égyptienne, est souvent accompagnée de Sérapis, une transformation grecque du dieu d’Égypte Osiris. Le troisième élément de cette triade divine est le dieu enfant Harpocrate, un avatar du dieu égyptien Horus. Un relief funéraire du port d’Ostie près de Rome, le montre avec sa mèche de l’enfance, et portant un oiseau.

Une deuxième déesse qui a occupée un espace important de l’exposition, est la Magna Mater, souvent représente sur un trône de lions et parfois identifié à Cybèle. Attis, son amant, est lié à une iconographie violente: mourant, il s’émascule sous un pin dans lequel, selon une certaine tradition, il se transforme.

Sans vouloir insister sur la dichotomie stricte entre le masculin et le féminin dans la religion romaine, ou de construire hâtivement un parallèle, on peut constater que la religion chrétienne, née elle aussi autour d’un homme et de ses disciples hommes, propose au cours de son évolution une figure d’identification féminine à ses adeptes femmes. La vierge Marie est ainsi représente assise et allaitante, un lointain écho des statuettes d’Isis lactans, Isis allaitant le petit Harpocrate. Cette iconographie, qui lie culturellement l’antiquité et le Moyen Age, n’est pas la seule qui a traversée les siècles. Malgré l’évolution profonde de la relation entre les sexes, notamment au 20ème siècle, et sans vouloir tomber dans un manichéisme sexiste ou une simplification réductrice, il semblerait que quelques figures de la religion romaine sont restées ancrées dans l’imaginaire occidentale depuis l’antiquité : la femme donne la vie, l’homme la mort. C’est d’autant plus remarquable que le christianisme, né au sein du monde romain, a proposé de croire à l’impossible : croire à un homme qui donne la vie, et mieux encore: croire à un homme qui donne la vie éternelle.

Publicités

Manuel Cohen’s photographies of Dougga in Tunisia

It’s been five years I have been visiting Dougga, the antique punic and later roman city who’s ancient name Thugga derives from the numidian word tukka meaning « steep roc ». Dougga was built in the 2nd century A.D. and lies in the roman province of Africa Proconsularis, a territory covered today mostly by Tunisia and a small part of Eastern Algeria. I still remember the view from the roman Capitol over the beautiful landscape, where the green coat of spring was starting to cover the fields. Here are some beautiful photographs of Dougga by french photographer Manuel Cohen.

Cohen_Dougga

« Retours de Mer » au musée des Beaux-Arts de Dunkerque

Le Port de Dunkerque

Louis G.E. Isabey, Le Port de Dunkerque, 1831 © Coll. MBA, Dunkerque / Jacques Quecq d’Henriprêt

Il y a des expositions d’art réconfortantes. On se sent chez soi, auprès des tableaux et sculptures bien-aimés que l’on connaît et reconnaît, parfois depuis longtemps. De ces expositions-là, on en sort rassuré d’être si cultivé. On échange parfois de bons mots avec ses collègues journalistes, on rajoute par-ci par-là quelques commentaires pleines d’esprit – et on passe à autre chose.

Puis il y a des expériences d’art comme celle proposée par le Musée des Beaux-Arts de Dunkerque et son concepteur, Jean Attali. En arrivant au musée, je m’attendais à des flopées de peintures de naufrages, de vagues, de sculptures de Neptune et autre poissons, et je me retrouve dès le début du parcours devant une projection de film en noir et blanc. Ses images montrent le sabordage du Duguay-Trouin, un magnifique voilier français perdu aux Anglais en 1805. Ce navire historique, rendu à la France en 1949, fut coulé dans la Manche, faute de volonté et de moyens. C’est décidément une exposition inconfortable, ce Retours de mer. Plus loin encore, dans une salle carrée, sont présentées plusieurs photographies grand format, prises à la chambre, de Laura Henno, intitulées La Cinquième Île. Des immigrants des îles Comores errant sur l’île de la Réunion, juste après des peintures orientalistes exposées dans la salle précédente, mais quel rapport ? Le rapport, c’est la relation de l’homme à la mer, à sa présence – ce que montre ensuite la vidéo Missing Stories, un portrait sensible de jeunes immigrants naufragés sur les plages françaises, toujours de Laura Henno.

Extrait du film Missing Stories © Laura Henno

Extrait du film « Missing Stories » © Laura Henno

La vidéo me fait comprendre que Retours de mer est une expérience plus qu’une exposition, une expérience artistique qui veut ouvrir le regard, veut bousculer le visiteur, le forcer à être attentif, à se positionner et se poser des questions. J’arrive dans une vaste salle-couloir, où sur un long mur blanc, en enfilade, se présentent des objets d’Océanie. On n’y trouve pas de cartels les accompagnant, car ici, il ne s’agit plus de se poser des question, il s’agit seulement de regarder, de percevoir. Faute de lecture d’explications, le regard peut se promener librement, peut accrocher. Et surprise, les objets océaniens se dévoilent dans leur esthétique pure, leur couleur, leur texture; leur Être.

PIROGUE. Muséum de Rouen

Maquette de pirogue, bois et plumes. Nouvelle Zélande © Coll. Muséum de Rouen

Avec un regard rendu curieux et aguerri, on peut maintenant retourner aux peintures orientalistes, et notamment à la toile Le Port de Dunkerque, peint en 1831. Cette lumière blanche, d’où vient-elle? Et cette scène de souk, que fait-elle dans le port de Dunkerque? Sous le regard et le pinceau d’Eugène Isabey, Dunkerque la nordique prend des allures méditerranéennes, de pays d’Algérie, où le peintre avait séjourné avant son retour en France. Un retour de mer qui se reflète dans la peinture.

Malgré la diversité des objets et des supports – objets, tableaux, photographies, vidéos, sculptures, films, sons, musique – la cohérence de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Dunkerque est manifeste. Elle réside dans un choix délibérément individuel, personnel même, de laisser les choses s’exprimer, de les rendre sensuelles, et de rendre compte de la diversité des expériences de la mer. Cette exposition-expérience est ainsi à la fois exigeante et accessible. Retours de mer peut être vu et revue; rien n’est statufié. Peut-être n’ai-je pas appris beaucoup de choses sur les arts océaniens, mais je les ai vécus. Et ça vaut bien une visite au musée.

Exposition Retours de mer, jusqu’au 31 janvier 2015. Musée des Beaux Arts, Place du Général-de-Gaulle, Dunkerque. Tous les jours, sauf le mardi, 10h-12h15 et 14h-18h.

Les Etrusques illuminent Paris

Composition d'antiques :

Félix Duban, Intérieur d’un tombeau étrusque, 1829 © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Hervé Lewandowski

Enfin une exposition sur les Étrusques depuis bien des années à Paris, cette civilisation antique à l’art fascinante. Elle se déroule sous le haut patronage des présidents des Républiques française et italienne. Des musées préteurs très prestigieux, des objets extraordinaires –  la visite s’annonce inoubliable. Elle l’est, mais c’est la beauté des objets qui procurent ce plaisir, certainement pas l’exposition elle-même. « Étrusques. Un hymne à la vie« , qui a lieu au musée Maillol jusqu’au 9 février 2014, n’est malheureusement pas la première exposition organisée par ce musée qui me laisse perplexe quant au but qu’il cherche à atteindre. Je trouve un concept d’exposition qui me rappelle le 19e siècle, une assemblée de beaux objets sans contexte. Certes, il y a des panneaux explicatifs, mais les textes sont succincts. En revanche, les cartels eux, sont bourrés de mots savants. On y trouve par exemple des  « fibules a sanguisuga à étrier plat » – traduction pour le profane : une attache de vêtement en forme de sangsue, avec fourreau plat. Cette description archéologique n’a pas sa place dans une exposition grand publique, et elle aide en rien à comprendre la fonction de la pièce. Le visiteur doit se contenter d’admirer sans comprendre, dans une atmosphère feutrée qui règne d’ailleurs partout dans les salles : une admiration béate et religieuse devant la beauté des objets.

De plus, les cartels sont rangés en colonnes sur le mur, souvent sur un seul côté de la vitrine, et sans numéros. Il faut se débrouiller en jouant à la comparaison pour éventuellement trouver la légende qui va avec l’objet en question. Parfois, on trouve une description compréhensible (pour le visiteur avec une culture générale correcte tout du moins).

© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais/image of the MMA

Ciste © The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais/image of the MMA

À côté d’un exponat en bronze nommé ciste – bien sûr, vous savez ce qu’est une ciste, et à quoi elle sert – apparaît le texte : « Le jugement de Pâris ». Il y a trois figures humaines sur le couvercle du coffre cylindrique, comme ci-dessus sur la ciste de Palestrina du Metropolitan Museum of Art. Mais on cherche en vain le lien entre ces deux hommes qui portent une femme sur leurs bras, et l’histoire de la mythologie grecque. La légende sur le cartel explique-t-elle peut-être la scène gravée sur l’extérieur de la ciste ? Possible, mais elle doit se trouver du côté mur, car on ne reconnait sur le devant qu’un char sur la gauche et des personnages barbus qui ne sont ni les trois déesses, ni Pâris.

Les objets étrusques sont présentés plutôt en ordre chronologique, tantôt par sites, tantôt par cultures, tantôt par thèmes (comme l’inévitable « femme étrusque »), mais tout flotte dans un ensemble oscillant entre les influences grecques, orientales et des reconstitutions du 19eme siècle. Les territoires économiques des Étrusques, Phéniciens et Grecs sont montrés sur une carte immense qui indique des villes et ports, mais non pas des marchandises échangées, et dans la salle attenante se trouvent que quelques amphores pour évoquer l’activité commerciale.

L’exposition propose au visiteur de mieux cerner la culture étrusque, en mettant en avant la vie quotidienne et non pas les tombes et les objets funéraires. Sauf qu’il n’y a pas de distinction entre les objets destinés à la vie et à la mort chez les Étrusques, une habitude qui existe également chez les Égyptiens (exception faite des objets proprement funéraires, comme les ouchebtis). Les morts habitent les tombes qui sont de véritables maisons, certains sont enterrés dans des urnes en forme de cabane. Les vivants tiennent des banquets en leur honneur, ils les nourrissent, et les ancêtres sont présents sur les fresques des tombeaux. La vie et la mort sont intimement liés, et l’au-delà est omniprésent.

C’est cette unité qui est le plus beau, et le titre de l’exposition en cela bien trouvé : cette « hymne à la vie » étrusque fait du bien dans une société européenne où la mort est oubliée, cachée et honteuse, ou les cimentières ne sont pas des lieux de vie, comme les sont les tombeaux des Étrusques.

Les surprises de la cathédrale de Chartres, No. 2

Un monstre. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.

Une grenouille monstre. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.

Les surprises de la cathédrale de Chartres, No. 1

Le sommeil du prophète. Cathédrale de Chartres © A.B.

Le sommeil du prophète. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.