Édition

Jeff Bezos plus Washington Post = new News ?

Le Washington Post du 10 octobre 1973.

Le Washington Post du 10 octobre 1973 © D.R.

Dans le magazine Time (Europe) du 19 août 2013, le journalist David von Drehle analyse le rachat du vénérable journal américain Washington Post, révélateur de l’affaire Watergate, par le PDG d’Amazon Jeff Bezos, pour 250 millions de dollars. Le Washington Post, écrit von Drehle, « is a business from a vanished past » (un business d’un passé évanouie). Et ce n’est pas le contenu qui est surannée, mais son business model. Il n’est plus viable, comme celui de tous les autres journaux.

Pendant des décennies, le Washingon Post était le premier journal du matin, ses concurrents ayant été racheté au fil des années. Les journaux d’après-midi se retrouvaient dans la position de l’éternel second, et en directe concurrence avec la télévision. Ainsi, le Washington Post pouvait dicter ses prix à la publicité et financer un contenu de qualité – reportages, photos, exclusivités, enquêtes etc. Puis apparaissent des journaux gratuits, et ce gros business qui marchait si bien, s’écroule.

Les News gratuits ont-ils tué les News payants ?

C’est une affirmation courante mais erronée, selon von Drehle, car « free news was nothing new. Publishers never made much money on the news. » (les News gratuits n’étaient pas nouveau. Les éditeurs n’ont jamais gagné beaucoup d’argent avec les News). L’argent ne venait ni des actualités, ni des abonnés, ni de la distribution, mais surtout de la publicité. On fabriquait un « paquet » de contenu, de photos et de (beaucoup de) publicité pour atteindre un maximum de personnes.

Tout a changé. Plus grand monde ne veut ce paquet, seulement des morceaux, et ceux-là à son rythme, dans la forme de son choix et au moment de son choix. Les salariés du Washington Post, dont le nombre a fondu de moitié depuis des années 1990, ont été sans doute soulagé d’apprendre le rachat du journal par Jeff Bezos. Son projet serait – selon von Drehle – de couper le contenu généraliste en petit paquets à contenu spécialisé.  Jeff Bezos, écrit von Drehle, « is likely to look for ways to break it up (i.e. the old bundle) and give people the content they value in whatever form they want it – for a price. » (Bezos va probablement chercher à morceler le paquet et donner aux lecteurs le contenu souhaité dans la forme souhaitée – contre paiement.) On y retrouve la stratégie des Kindle Singles, ces petits textes téléchargeables sur le site d’Amazon.com, souvent pour moins d’un dollar. Mais que vont devenir les sujets complexes, les reportages photo et les enquêtes longues et/ou dérangeantes ? Les lecteurs et les publicitaires, seront-ils prêts à payer ?  « How much of the unbundled content will have value to readers or advertisers is an open question – and the value of investigative reporting and foreign coverage to paying readers or sponsors is the most troubling question of all » (von Drehle).

L’avenir d’un journalisme de qualité reste encore et toujours sans véritable réponse – à moins de reprendre le manifeste de la Revue XXI et d’essayer de reconstruire une relation de qualité avec le lecteur. Mais sur quel modèle économique ? Le bon vieil abonnement ? Le kiosque ou la librairie ? Peut-être l’idée de proposer le contenu sous des formes variées peut-elle être un début de réflexion ?

Siebenmeilenstiefel gibt’s nur im Märchen – und im Schloss von Brézé

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Jeder kennt sie, aus den Märchen der Brüder Grimm, aus Hauff, Heine, Goethe und Chamisso und natürlich aus der Geschichte von Charles Perrault, « Der kleine Däumling » – die Siebenmeilenstiefel. Der Riese aus Perrault’s Geschichte benutzt die Zauberstiefel, um den kleinen Däumling, « Petit Poucet » im Französischen, und seine Brüder zu verfolgen :

« Die Siebenmeilenstiefel waren eine der schönsten Erfindungen der alten Zeit, nur befanden sie sich leider nicht immer in den besten Händen. Wer sie an den Füßen hatte, legte mit jedem Schritt sieben Meilen zurück, also mit zehn Schritten nicht weniger als siebzig Meilen. Da ist die Eisenbahn nichts dagegen, obwohl wir uns so viel darauf einbilden. Mit diesen Siebenmeilenstiefeln stieg der Riese über Berg und Tal, hin und her, die Kreuz und Quer, immer nach den Knaben suchend. »

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Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée (1958)

Il fallait servir : à quoi ? à qui ? J’avais beaucoup lu, réfléchi, appris, j’étais prête, j’étais riche, me disais-je : personne ne me réclamait rien. La vie m’avait paru si pleine que pour répondre à ses appels infinis j’avais cherché fanatiquement à tout utiliser de moi : elle était vide ; aucune voix ne me sollicitait. Je me sentais des forces pour soulever la terre : et je ne trouvais pas le moindre caillou à remuer. Ma désillusion fut brutale : « Je suis tellement plus que je ne peux faire ! »

Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée. Paris, Gallimard 1958, p. 225.

La presse française – l’apocalypse ?

Le livre du journaliste Jean Stern, sorti fin 2012 aux éditions La Fabrique, présente un triste état de la presse française. J’ai envie d’y répondre en me positionnant sous un angle différent, celui de la presse nationale spécialisée. On parle surtout des grands quotidiens, mais je pense que toute la presse française est concernée par ce qu’évoque ce livre. J’y trouve en feuilletant les mots « conformisme », « formatage », « travail bâclé », « manque d’enquêtes », « idées rabâchées » et « médiocrité », et je ne suis pas dépaysée, ces pavées-là je les jette moi aussi dans la mare.

Il fallait s’attendre qu’une attaque des patrons de la presse provoque quelques réactions. Thierry de Cabarrus du Nouvel Observateur, pour qui « les propriétaires de journaux ne sont pas le seuls responsables », termine sa critique par :  » Erreurs de gestion de la part des patrons, frilosité des journalistes à s’ouvrir à de nouveaux métiers (internet, vidéo), refus des ouvriers du livre de remettre en cause leurs effectifs et leurs avantages : les causes du naufrage de la presse écrite sont multiples. »

C’est cette « frilosité », bel euphémisme, qui m’a fait penser au pamphlet de Stéphane Hessel, « Indignez-vous », que j’ai lu récemment. Bien sur qu’il y a cette fameuse « menace internet » qui hante beaucoup de journalistes. Peut-être aussi la peur des nouvelles technologies, qui ne sont plus vraiment très nouvelles.  Mais ce sont surtout l’absence de courage, l’immobilité, le maintien coûte que coûte des acquis d’un autre âge et le manque total d’initiatives qui nous menacent et qui nous coutent très cher. On a payé notre confort avec notre liberté et notre indépendance. Les patrons ont pu faire ce qu’ils ont fait parce qu’il n’y avait pas de résistance – et il n’y a toujours pas.

Premier constat : le système des subventions.

Selon Stern, c’est Laval qui dans les années 1940 inaugure « le système très français des « aides à la presse » qui perdure depuis plus de soixante-dix ans » (p.34).

Deuxième constat : la publicité.

« Dans les années 1980-1990, la presse vit un âge d’or, mais sa prospérité repose avant tout sur les revenus de la publicité » (Stern, p.47). Stern nous rappelle qu’une presse indépendante a tout d’abord besoin de lecteurs, de diffuseurs, de kiosques et marchands de journaux. Aujourd’hui, la publicité ne s’intéresse plus seulement aux journaux et magazines, mais aussi à internet, aux smartphones et aux tablettes. La multiplication des supports d’information et de divertissement met en cause un système de dépendance malsain qui a fini par s’effondrer.

Vient alors le troisième constat : on peut faire de l’argent avec des dettes

Avons-nous besoin que la presse se vende, que la publicité achète de l’espace publicitaire ? Non. Faisons des dettes ! Les États le font, les banques le font, pourquoi pas la presse ? « Les patrons (…) d’aujourd’hui, s’ils ne peuvent pas faire de la marge positive avec des journaux au bord de la faillite, feront de la marge négative. C’est différent mais cela rapporte aussi. » (Stern, p.58). Mieux encore, on peut menacer les journalistes de chômage, ne pas augmenter leurs salaires, peu ou pas rémunérer leurs articles, publier les photos « gratuites » récupérés par des maquettistes sur internet – tout cela sous prétexte d’éviter la faillite du titre ou du groupe de presse.

Autre constat est l’indulgence voire la lâcheté des journaux par rapport aux imprimeries. « La production de la Frankfurter Allgemeine Zeitung à Francfort est – en 2011 – 50% moins chère que celle du Monde ou du Figaro à Paris. » (Stern, p. 65). Cela est d’autant plus révoltant quand on sait que les salaires des journalistes stagnent ou baissent, et beaucoup de titres ne veulent plus payer les photographes soi-disant trop chers, même si les dépenses mentionnées ci-dessus ne concernent que deux titres prestigieux. Mais il y a aussi les plans sociaux dans les imprimeries : « Merci l’État de régler, comme d’habitude, une partie des additions des propriétaires qui sont pourtant loin d’être pauvres. » (Stern, p.65). Cela ne vous rappelle rien ? Les banques qui ont fait faillite et qui, aidées par l’État, retrouvent très vite une bonne santé. C’est le contribuable qui se serrera la ceinture.

La multiplication miraculeuse des produits dérivés

Prenant l’exemple du Monde sous Colombani pendant des années 90 et 2000, Jean Stern évoque une évolution qui continue à fleurir dans la presse française : la multiplication miraculeuse des produits dérivés. Déclinés en Hors-Séries, Spéciaux, albums, jeux, applications iPad, partenariats etc., c’est le toujours plus de produit qui règne en maître. Rester fidèle à soi-même ? Mettre son titre au centre de ses occupations ? Se mettre en cause ? Donner de la qualité à lire aux lecteurs ? Faire confiance aux professionnels ? Que nenni, on avance, on produit, les yeux fermés, comme on a toujours fait. Après moi le déluge – pardon, la retraite.

Revenons à l’argent. C’est un constat malheureux mais vrai : sans argent, pas d’indépendance, pas de liberté de la presse – et pas de reportages originales. Il n’y a pas de censure ouverte, les journalistes peuvent écrire librement, mais « l’investissement des actionnaires influe sur les contenus des journaux, non pas directement dans leur teneur mais sur la possibilité même de les produire. » (Stern, p. 101). « Le conformisme dans les choix des sujets et la spécificité moutonnière de la presse française » (p. 102), qui ne l’a jamais regretté devant la énième couverture « Hôpitaux », « Immobilier », « Louis XIV », « les Francs-maçons » et j’en passe. « Dans la presse magazine, la plupart des reportages sont réalisés dans le cadre de voyages de presse. » (Stern, p. 102). Les photos également proviennent des services de presse, des offices de tourisme et/ou des journalistes qui pour la plupart ne sont pas photographes. Souvent, il y a peu de cohérence entre les deux, et on remplit comme on peut des espaces prévues par la maquette avec des images plus ou moins intéressantes et souvent de médiocre qualité. Le manque d’argent n’empêche pas de publier, mais il empêche de le faire bien.

Mais ne stressons pas, nous ne sommes pas seuls, l’État viendra sûrement à notre rescousse, comme constatait déjà si bien Madame Patricia Barbizet en 2010 : « Cette crise a au moins eu le mérite de montrer que ce sont les États qui peuvent apporter les réponses là où l’économie seule et les marchés ne peuvent se réguler ».

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