Entdeckung

Stephen Greenblatt, The Swerve. 2011

« But what he (Ammianus Marcellinus) observed, as the empire slowly crumbled, was a loss of cultural moorings, a descent into febrile triviality. ‘In place of the philosopher the singer is called in, and in place of the orator the teacher of stagecraft, and while the libraries are shut up forever like tombs, water-organs are manufactured and lyres as large as carriages.’  »

Stephen Greenblatt, The Swerve. How the world became modern. 2011.

La basilique du Sacré-Cœur à Alger

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Alger, basilique du Sacré-Cœur © A.B.

Une apparition dans une rue voisine, près de mon passage en voiture, m’a fait retourner la tête : « Mais qu’est-ce que c’est ? » – « Quoi donc? » – « Ce truc là, derrière. Il y a une centrale nucléaire à Alger ? »

Et voilà – je l’avais fait, LE commentaire qu’il ne fallait pas faire. Je me suis disqualifiée, je suis ignare, sans aucune culture architecturale moderne. Mais pardon, toutes les tours de refroidissement des centrales nucléaires ressemblent à cette tour-là. « Mais non », me dit notre guide, « c’est la basilique du Sacré Cœur. » Une basilique. J’ai une excuse de ne pas l’avoir reconnue toute de suite : en tant que historienne, j’ai le cerveau formaté. Pour moi, une basilique est une structure architecturale rectangulaire, avec deux nefs, et de préférence d’époque romaine ou romane. Ce bâtiment inédit au cœur d’Alger m’intrigue beaucoup, il faut absolument le voir. Au passage, je me souviens que ‘basilique’ n’est pas seulement une forme architecturale, mais aussi une église avec un statut privilégié, donné par le Pape.

Nous cherchons l’entrée de cette église, qui est entouré d’un mur et des grillages, et arrivons devant un portail métallique avec une sonnette. On sonne, rien ne se passe. On re-sonne. Une femme nous ouvre, et notre guide explique que nous souhaitons visiter la basilique. Oui, le recteur de la basilique est là, et le voilà qui arrive. Nous entrons. Du béton armé à la Ronchamps de l’architecte Le Corbusier, mais formant un espace inédit et bien plus majestueux. Des colonnes brutes et droites qui soutiennent la voute au centre, et qui contrebalancent des lignes douces comme des cordes d’une tente. « Vous voyez ? », demande le recteur qui nous fait la visite de la basilique, « cette église ressemble à une tente nomade, une tente berbère ». Et il nous attrape et nous emmène à un autre endroit précis. « Regardez, » dit-il, « regardez en haut, vous le voyez? »

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Alger, basilique du Sacré-Cœur. Colonnes et voute en béton armés © A.B.

Euh … non. On ne voit que du béton. Le recteur nous laisse chercher un moment, puis me fait un signe avec ses deux mains, le signe d’un cœur, puis il nous montre la voute. Oui, je le vois maintenant : depuis le milieu de ces colonnes, la voute forme un cœur, dont la pointe se trouve entre les deux colonnes en face.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour visiter cet endroit surprenant. On découvre une mosaïque romaine, le tunnel de la lumière formé par la fameuse tour, les vitraux, puis près de l’autel un coffre en bois ayant appartenu à la communauté des moines de Tibehirine (Tibérine), assassinés en 1996. En partant, je suis autant intriguée par cette basilique, coincée entre des immeubles Art-déco, que par cette tour centrale en béton, commencées quelques années seulement avant l’indépendance de l’Algérie. Quelle étrange église.

La basilique du Sacré-Cœur à Alger a été construite entre 1955 et 1963 par l’architecte René Sarger (1917-1988), en collaboration avec Paul Herbé (1903-1963) qui réalise le plan de la basilique, et Jean Le Couteur (1916-2010). René Sarger, un élève d’Auguste Perret comme Le Couteur d’ailleurs, obtient son diplôme de l’École spéciale d’architecture en 1938. Il est considéré comme le spécialiste des structures en coques minces de béton armé. Plus d’informations se trouvent sur le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

Alger la surprenante, Egon Schiele et Stéphane Couturier

Alger - Cité "Climat de France"-Façade #2 / 2013 / C-Print - 160 x 160 cm and 100 x 100 cm / Edition of 5 each size

Stéphane Couturier, Alger – Cité « Climat de France »-Façade #2 © Stéphane Couturier / Galerie Polaris

Un des re-découvertes  à Paris Photo 2013 au Grand Palais, les photos des façades d’immeubles à Alger de Stéphane Couturier. Je ne sais pas si c’est un hasard ou une volonté picturale du photographe, mais en voyant ses photographies grand format, j’ai pensé à une toile de l’artiste autrichien Egon Schiele intitulé Maisons avec linge de couleur, banlieue II, qui a été vendu par le Musée Léopold, Vienna, in 2011 :

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Egon Schiele, Häuser mit Wäsche (Vorstadt II), 1914 © Leopold Museum, Wien

Le même à-plat des volumes, les couleurs variées en lignes horizontales et verticales et la symétrie rapprochent la photographie de Stéphane Couturier de la peinture de Schiele du siècle dernier. Le photographe, né en 1957 à Paris, a travaillé sur le thème Urban archeology entre 1995 et 2010. Ses photographies sont exposées à la galerie Polaris à Paris.

Les surprises de la cathédrale de Chartres, No. 2

Un monstre. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.

Une grenouille monstre. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.

Les surprises de la cathédrale de Chartres, No. 1

Le sommeil du prophète. Cathédrale de Chartres © A.B.

Le sommeil du prophète. Entrée Nord, transept de la cathédrale de Chartres © A.B.

Siebenmeilenstiefel gibt’s nur im Märchen – und im Schloss von Brézé

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Jeder kennt sie, aus den Märchen der Brüder Grimm, aus Hauff, Heine, Goethe und Chamisso und natürlich aus der Geschichte von Charles Perrault, « Der kleine Däumling » – die Siebenmeilenstiefel. Der Riese aus Perrault’s Geschichte benutzt die Zauberstiefel, um den kleinen Däumling, « Petit Poucet » im Französischen, und seine Brüder zu verfolgen :

« Die Siebenmeilenstiefel waren eine der schönsten Erfindungen der alten Zeit, nur befanden sie sich leider nicht immer in den besten Händen. Wer sie an den Füßen hatte, legte mit jedem Schritt sieben Meilen zurück, also mit zehn Schritten nicht weniger als siebzig Meilen. Da ist die Eisenbahn nichts dagegen, obwohl wir uns so viel darauf einbilden. Mit diesen Siebenmeilenstiefeln stieg der Riese über Berg und Tal, hin und her, die Kreuz und Quer, immer nach den Knaben suchend. »

Weiterlesen können Sie den Artikel auf meinem deutschen Blog.

« PLVS OVLTRE » – le palais de Charles Quint à Grenade

Alhambra – un mot qui me fait rêver, au son riche et majestueux. Alhambra  – il s’épanouit dans mon imagination en un palais arabe, un lieu de rêve, en jardins paradisiaques, fontaines dans l’ombre des citronniers, en marbre luisant de la cour des lions, en arcs de pierre en dentelle. Al Hamra, La Rouge. Cet été-là, j’y étais vraiment. J’avais mon ticket d’entrée, j’allais enfin découvrir la beauté de ce palais si souvent admiré dans des livres. En entrant sur le site, avant d’arriver au palais, dans la descente, se trouve sur la droite une énorme bâtisse qui ne ressemble en rien à un palais des Mille et Une nuits. Peu des touristes ne font d’ailleurs attention à ce carré impressionnant, massif, d’aspect martial, de toute façon en rien semblable à un palais arabe.

Un palais Renaissance inachevé

L’extérieur est presque hostile – c’est une architecture classique, géométrique qui me rappelle l’architecture italienne. Une fois fait le tour de ce colosse, je me retrouve devant l’entrée et ce bas-relief :

Bas-relief du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Je m’approche et je lis les mots neo-latins PLVS OVLTRE sur une banderole enroulée autour de deux colonnes. Ce sont les colonnes d’Hercule, et entre elles, un globe couronné, flanqué de deux Victoires avec dans la main de chaque femme, une branche de palmier. « Plus oultre » – « au-délà » : ces mots en neo-latin sont la devise de Charles Quint, l’empereur tout-puissant du XVIe siècle, et ennemi préféré du roi François Ier. Voilà ce qui est clair dès l’entrée : c’est au maître du monde que je rends visite, un maître du monde qui veut surpasser tout, même soi-même. J’entre alors dans le palais de Charles Quint.

Entouré de colonnades, s’ouvre devant moi un espace circulaire à deux niveaux, une immense arène de pierre, l’architecture dans sa plus pure expression, malgré un état inachevé et vide :

Colonnades du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Ce palais a été conçu vers 1527 par l’artiste espagnol Pedro Machuca, qui s’inspirera des palais érigés en Italie, notamment ceux du grand architecte italien Bramante. La Renaissance italienne déploie ainsi à Grenade sa splendeur minérale, où dans un cercle lumineux le dallage du sol reflète le ciel. Mais le temps presse, il faut partir pour visiter des jardins et palais arabes.

Sans la découverte quasi fortuite du palais et de ses bas-reliefs, je n’aurai pas compris les mots PLVS OVLTRE qui se retrouvent dans un des multiples pièces à l’intérieur du palais de l’Alhambra, sculptés dans le plafond à caisson en bois :

Détail du plafond à caisson, palais de l’Alhambra, Grenade © A.B.

Sur les côtés de la devise se trouvent la lettre K pour Karolus (Charles) et Y pour Ysabel (Isabelle de Portugal), une princesse que l’empereur épousa en 1526. J’étais parti pour découvrir un palais arabe – que j’ai vue aussi, bien entendu – mais j’ai y découvert la trace de Charles Quint, né dans la ville de Gand en 1500, qui a régné pendant plus de trente ans sur la quasi-totalité de l’Europe. Sa devise PLVS OVLTRE, « plus ultra » en Latin classique, est toujours utilisé – elle fait partie, avec les deux colonnes d’Hercule, des armoiries de l’Espagne.

Armoiries de l'Espagne © CC BY-SA 3.0

Armoiries de l’Espagne © CC BY-SA 3.0

Mise à jour le 3 septembre 2013.