Histoire de l’art

La Pagode de Chanteloup, folie du duc de Choiseul (1775)

La pagode de Chanteloup © A.B.

Vue depuis la pagode de Chanteloup, folie du duc de Choiseul © A.B.

Renaissance living comfort

You reckon Renaissance folk lived in freezing damp places, had no comfort, and they never washed ? Well – think again :

Rush wall matting, Azay-le-Rideau © A.B.

Rush wall matting, Azay-le-Rideau © A.B.

http://marieguiselorraine2015.wordpress.com/2013/08/31/renaissance-living-comfort/

Images syriennes avant la guerre: Palmyre et Krak des chevaliers

Palmyre, tempPalmyre, Syrie. Temple de Baal, mars 2011. © A.B.

Le temple de Baal. Palmyre, mars 2011 © A.B.

Mars 2011, il y a cinq ans. La cité antique de Palmyre m’avait fait rêver depuis toujours, et ce rêve devenait enfin réalité quand notre car arrivait sur ce site classé patrimoine mondial de l’UNESCO. Mais depuis mars 2013, Palmyre est sous le feu des combattants de Daesh. Au moment ou j’écris une mise à jour, le mardi 15 mars 2016, ce site du désert syrien est occupé par des barbares, et plusieurs monuments de Palmyre que j’avais eu la chance de voir dans toute leur beauté, ont disparu.

Après les sites antiques de Ninive et Hatra en Irak et d’Apamée en Syrie, Palmyre est devenu la cible des djihadistes. La destruction du patrimoine antique syrien est aussi celle d’un symbole du vivre-ensemble, du commerce international et de beauté. Palmyre est unique et irremplaçable.

L’histoire devenu monument

Un autre site syrien d’une époque différente a également été abîmé pendant la guerre, lui aussi classé patrimoine mondial de l’humanité. Le Krak des chevaliers incarne à lui seul le siècle des Croisades, une histoire commune des peuples d’Europe et de Palestine.

Krak des chevaliers, Syrie, mars 2011. © A.B.

Le Krak des chevaliers, mars 2011 © A.B.

La liste des monuments et sites détruits depuis le début du conflit en Syrie s’allonge de jour en jour : la vieille ville de Homs, le minaret de la Grande Mosquée d’Alep, le pont suspendu à Deir ez-Zor … et qu’est devenue la Grande Mosquée des Omeyyades à Damas, une pure merveille de l’art arabe du 8e siècle ?

La destruction des monuments antiques à grande échelle a commencé en mars 2001, avec le dynamitage des Bouddhas de Bamiyan en Afghanistan. Des intégristes islamistes ont alors déclaré qu’ils devraient détruire la représentation de la divinité, l’image de Dieu étant interdite par le Coran. Or, ce prétexte pseudo-religieux n’est plus valable à Palmyre, car le temple de Baal ne contenait pas de figure humaine. Mais un lointain écho du Bildersturm des Guerres de religion du 16e siècle en Europe semble résonner: des hommes fanatisés détruisaient alors non seulement les statues et représentations de Dieu et des saints, mais aussi le mobilier et les églises elles-mêmes.

Que veut-on faire disparaître? L’image de Dieu. Mais toute image de Dieu, n’est-elle pas forcement l’image de l’Homme?

De l’Allemagne. L’art allemand entre 1800 et 1939 (Louvre, 2013)

À l’occasion du cinquantième anniversaire du traité de l’Élysée, le musée du Louvre organisait au printemps 2013 l’exposition « Über Deutschland », ou L’art allemand entre 1800 et 1939. Les visiteurs munis de culture germanique s’attendait à être accueillis par Madame de Staël, l’auteur du livre qui a donné le titre de l’exposition, par Caspar David Friedrich et surtout par Wilhelm Tischbein et son portrait du plus célèbre des poètes allemands.

W. Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787. © U. Edelmann/Musée Städell/Artothek

W. Tischbein, Goethe dans la campagne romaine, 1787 © U. Edelmann/Musée Städel/Artothek

Dès l’entrée, Johann Wolfgang von Goethe était présent, habillé en chapeau sombre et manteau de voyage, élégamment appuyé sur des vestiges antiques. Le panneau d’introduction de l’exposition reprenait cette pose symbolique en affirmant que l’Allemagne « est un pays dont l’identité s’appuie sur la culture » (Deutschland ist ein Land, das seine Identität auf die Kultur stützt). Cette Kultur allemande est compris dans un sens national, née au 19e siècle, et elle prend fin en 1939, l’année du début de la Seconde Guerre mondiale. Ce sont deux dates politiques et non pas artistiques qui délimitent l’art allemand: le ton était donné.

En conséquence, l’exposition s’organisait en trois grands thèmes : la Grèce et son antinomie entre Apollon et Dionysos, la Nature et le sujet du Ecce homo.

La première partie consacrée à la Grèce mettait en lumière le syncrétisme de l’art allemand du début du 19e siècle, où christianisme et antiquité ne devaient former qu’une seule image harmonieuse. Représenté par le tableau « Apollon parmi les bergers » de Gottlieb Schick (1776-1812), la composition de la peinture évoque ainsi celle du Christ parmi ses disciples.

Gottlieb Schick, Apollon parmi les bergers, 1806/08, huile sur toile. © Staatsgalerie Stuttgart

Gottlieb Schick, Apollon parmi les bergers, 1806/08, huile sur toile.
© Staatsgalerie Stuttgart

Quelques détails du tableau de Schick troublent pourtant cette harmonie apollinienne apparente. En haut à droite, une jeune femme avec un nourrisson ressemble à la Vierge à l’enfant de Raphaël. Mais tout près d’elle, trois satyres font des grimaces: ce sont des éléments intrusifs venus du monde inquiétant du dieu Dionysos, qui s’introduisent sournoisement dans l’harmonie ambiante.

Sans surprise suivaient des salles consacrées aux contes et récits, des Sagen und Märchen allemands, peuplées d’amants suicidaires, de jeunes femmes aux destin tragiques et de personnages sombres. On y rencontrait le « Saut du rocher » de Julius Schnorr von Carolsfeld (1794-1872), la fascinante « Chevauchée Falkenstein » du peintre autrichien Moritz von Schwind (1804-1871), ou encore le château Scharfenberg au clair de lune du peintre romantique Oehme (1797-1855):

E. F. Oehme, Le château Scharfenberg la nuit.  Alte Nationalgalerie Berlin/Google Art Project

E. F. Oehme, Le château Scharfenberg la nuit, 1827 © Alte Nationalgalerie, Berlin

La deuxième partie de l’exposition était consacré à la Nature, omniprésente dans l’art allemand du 19e siècle et notamment dans les peintures de Caspar David Friedrich, dont les œuvres occupaient une grande partie de l’espace dédié. La transcendance de ses peintures et l’émotion qu’ils dégagent incarnent à elles seules la fameuse « âme allemande » et son côté contemplative et mélancolique.

Mais l’humour aussi existe. Arnold Böcklin, un peintre né en Suisse, était présent avec son « Jeux des Néréides » (1886), où, dans une ambiance survoltée, une Néréide virevolte au dessus d’un rocher, pendant qu’à droite du tableau flotte la tête à long nez d’un être bizarre qui lorgne suspicieusement vers tant de joie. À gauche, un bébé à queue de poisson glisse, terrorisé, vers l’abîme aqueux.

Arnold Böcklin, Jeux des Néréides, 1886. © Martin Bühler/Kunstmuseum Bâle

Arnold Böcklin, Jeux des Néréides, 1886. © Martin Bühler/Kunstmuseum Bâle

Carl Spitzweg, le peintre du 19e siècle qui incarne le Biedermeier, un courant artistique et littéraire allemand qui marque le repli sur soi et le refus de la modernité incarnée par l’industrie, manquait. Les commissaires de l’exposition, l’ont-ils jugé cet artiste trop petit-bourgeois ou trop allemand pour le public français? Pourtant, ses tableaux sont ancrés dans la culture visuelle allemande, comme « Le pauvre poète » ou « Le rat de bibliothèque ».

Dans l’ultime partie de l’exposition, « Ecce Homo« , régnait une ambiance froide et sombre. Emplie de dessins à la mine de plomb, à l’encre noir et par des gravures, les artistes Otto Dix, Käthe Kollwitz et George Grosz faisaient resurgir les horreurs de la Première Guerre Mondiale et leurs avatars, les pervers, les militaires, les filles de joie, le sang, la douleur et la misère.

Au centre de la dernière salle, deux films tournés en noir et blanc se faisaient face : « Olympia ou « Les Dieux du stade » de Leni Riefenstahl (1936) et « Les hommes le dimanche » (Menschen am Sonntag) de Kurt Siodmak (1930). La sophistication esthétique des corps parfaits de Riefenstahl s’affrontait à l’humanité et l’authenticité des personnages du scénario de Billy Wilder. Ces deux témoignages apparaissaient comme les parties d’un diptyque allemand fait d’opposés inconciliables.

Le dernier tableau de l’exposition, peint par Max Beckmann en 1938 et intitulé « l’Enfer des oiseaux  » (Hölle der Vögel), marquait une fin désespérante et violente de cette manifestation de l’art allemand, même si au premier plan de la peinture, une bougie brille encore. La partie « Ecce Homo » paraissait partiale. On trouvait des artistes contestataires, mais où étaient les œuvres colorées d’un Emil Nolde, les peintures lisses d’un Werner Peiner ou celles, d’un kitsch proche de l’insupportable, d’un Adolf Ziegler? Le choix des œuvres exposées induisait une vision historiquement déformée de cette époque artistique complexe. Mais le véritable problème est d’avoir – encore une fois – présenté l’Allemagne d’une manière rétrograde et stéréotypé.

L’Allemagne en tant qu’entité géopolitique est né au 19e siècle. L’espoir d’une unité allemande sous une république démocratique, porté par les révolutions des années 1830 et 1848, s’évanouit en 1871, avec en effet la naissance de l’unité géographique, mais sous l’hégémonie de la Prusse.

L’exposition du Louvre proposait une perspective « vieille France » de la peinture allemande entre 1800 et 1939. Étonnement, Johannes Grave, un de ses commissaires, est allemand. Ce choix douteux est relaté par Christian Joschke, maître de conférences en histoire de l’art, dans un article du Monde, qui souligne que « les organisateurs condamnaient cette exposition à s’inscrire dans un mouvement d’attraction-répulsion où se rejoue implicitement le débat idéologique qui avait opposé, à la veille de la première guerre mondiale, la civilisation française à la Kultur allemande. »

L’Allemagne n’est pas binaire, elle n’est pas romantisme naïve et violence nazie. Dommage qu’on ait pas osé aborder les sujets qui fâchent et utiliser l’occasion des cinquante ans des relations franco-allemandes pour remédier aux stéréotypes. Le regard de Michel Crépu dans un article publié en Allemand sur le site Die Zeit, en réponse à la polémique en Allemagne, est un contre-exemple salutaire.

Mise à jour en mai 2015.

P. Bruckner, Misère de la prospérité (2002)

Seul ce qui nous résiste peut prétendre à une valeur : si une œuvre d’art, un paysage nous émeuvent, c’est que nous n’en avons jamais fini avec eux. Leur richesse s’accroît de la connaissance que nous en prenons ; ils sont à jamais séparés de nous par une distance qui signe la vraie grandeur.

Pascal Bruckner, Misère de la prospérité. La religion marchande et ses ennemis. Éditions Grasset & Fasquelle, Paris 2002, p. 68

On n’y voit rien : OCULUS

H. Memling, St. Ursule (détail). Archer.

H. Memling, St. Ursule (détail). Archer.

Hans Memling et les archers – une histoire de reflets. Le premier article d’une série sur l’Histoire de l’Art. À découvrir sur la page Oculus de ce blog. Hommage à Daniel Arasse, qui avait des yeux pour voir.

« PLVS OVLTRE » – le palais de Charles Quint à Grenade

Alhambra – un mot qui me fait rêver, au son riche et majestueux. Alhambra  – il s’épanouit dans mon imagination en un palais arabe, un lieu de rêve, en jardins paradisiaques, fontaines dans l’ombre des citronniers, en marbre luisant de la cour des lions, en arcs de pierre en dentelle. Al Hamra, La Rouge. Cet été-là, j’y étais vraiment. J’avais mon ticket d’entrée, j’allais enfin découvrir la beauté de ce palais si souvent admiré dans des livres. En entrant sur le site, avant d’arriver au palais, dans la descente, se trouve sur la droite une énorme bâtisse qui ne ressemble en rien à un palais des Mille et Une nuits. Peu des touristes ne font d’ailleurs attention à ce carré impressionnant, massif, d’aspect martial, de toute façon en rien semblable à un palais arabe.

Un palais Renaissance inachevé

L’extérieur est presque hostile – c’est une architecture classique, géométrique qui me rappelle l’architecture italienne. Une fois fait le tour de ce colosse, je me retrouve devant l’entrée et ce bas-relief :

Bas-relief du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Je m’approche et je lis les mots neo-latins PLVS OVLTRE sur une banderole enroulée autour de deux colonnes. Ce sont les colonnes d’Hercule, et entre elles, un globe couronné, flanqué de deux Victoires avec dans la main de chaque femme, une branche de palmier. « Plus oultre » – « au-délà » : ces mots en neo-latin sont la devise de Charles Quint, l’empereur tout-puissant du XVIe siècle, et ennemi préféré du roi François Ier. Voilà ce qui est clair dès l’entrée : c’est au maître du monde que je rends visite, un maître du monde qui veut surpasser tout, même soi-même. J’entre alors dans le palais de Charles Quint.

Entouré de colonnades, s’ouvre devant moi un espace circulaire à deux niveaux, une immense arène de pierre, l’architecture dans sa plus pure expression, malgré un état inachevé et vide :

Colonnades du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Ce palais a été conçu vers 1527 par l’artiste espagnol Pedro Machuca, qui s’inspirera des palais érigés en Italie, notamment ceux du grand architecte italien Bramante. La Renaissance italienne déploie ainsi à Grenade sa splendeur minérale, où dans un cercle lumineux le dallage du sol reflète le ciel. Mais le temps presse, il faut partir pour visiter des jardins et palais arabes.

Sans la découverte quasi fortuite du palais et de ses bas-reliefs, je n’aurai pas compris les mots PLVS OVLTRE qui se retrouvent dans un des multiples pièces à l’intérieur du palais de l’Alhambra, sculptés dans le plafond à caisson en bois :

Détail du plafond à caisson, palais de l’Alhambra, Grenade © A.B.

Sur les côtés de la devise se trouvent la lettre K pour Karolus (Charles) et Y pour Ysabel (Isabelle de Portugal), une princesse que l’empereur épousa en 1526. J’étais parti pour découvrir un palais arabe – que j’ai vue aussi, bien entendu – mais j’ai y découvert la trace de Charles Quint, né dans la ville de Gand en 1500, qui a régné pendant plus de trente ans sur la quasi-totalité de l’Europe. Sa devise PLVS OVLTRE, « plus ultra » en Latin classique, est toujours utilisé – elle fait partie, avec les deux colonnes d’Hercule, des armoiries de l’Espagne.

Armoiries de l'Espagne © CC BY-SA 3.0

Armoiries de l’Espagne © CC BY-SA 3.0

Mise à jour le 3 septembre 2013.