Algérie

La basilique du Sacré-Cœur à Alger

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Alger, basilique du Sacré-Cœur © A.B.

Une apparition dans une rue voisine, près de mon passage en voiture, m’a fait retourner la tête : « Mais qu’est-ce que c’est ? » – « Quoi donc? » – « Ce truc là, derrière. Il y a une centrale nucléaire à Alger ? »

Et voilà – je l’avais fait, LE commentaire qu’il ne fallait pas faire. Je me suis disqualifiée, je suis ignare, sans aucune culture architecturale moderne. Mais pardon, toutes les tours de refroidissement des centrales nucléaires ressemblent à cette tour-là. « Mais non », me dit notre guide, « c’est la basilique du Sacré Cœur. » Une basilique. J’ai une excuse de ne pas l’avoir reconnue toute de suite : en tant que historienne, j’ai le cerveau formaté. Pour moi, une basilique est une structure architecturale rectangulaire, avec deux nefs, et de préférence d’époque romaine ou romane. Ce bâtiment inédit au cœur d’Alger m’intrigue beaucoup, il faut absolument le voir. Au passage, je me souviens que ‘basilique’ n’est pas seulement une forme architecturale, mais aussi une église avec un statut privilégié, donné par le Pape.

Nous cherchons l’entrée de cette église, qui est entouré d’un mur et des grillages, et arrivons devant un portail métallique avec une sonnette. On sonne, rien ne se passe. On re-sonne. Une femme nous ouvre, et notre guide explique que nous souhaitons visiter la basilique. Oui, le recteur de la basilique est là, et le voilà qui arrive. Nous entrons. Du béton armé à la Ronchamps de l’architecte Le Corbusier, mais formant un espace inédit et bien plus majestueux. Des colonnes brutes et droites qui soutiennent la voute au centre, et qui contrebalancent des lignes douces comme des cordes d’une tente. « Vous voyez ? », demande le recteur qui nous fait la visite de la basilique, « cette église ressemble à une tente nomade, une tente berbère ». Et il nous attrape et nous emmène à un autre endroit précis. « Regardez, » dit-il, « regardez en haut, vous le voyez? »

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Alger, basilique du Sacré-Cœur. Colonnes et voute en béton armés © A.B.

Euh … non. On ne voit que du béton. Le recteur nous laisse chercher un moment, puis me fait un signe avec ses deux mains, le signe d’un cœur, puis il nous montre la voute. Oui, je le vois maintenant : depuis le milieu de ces colonnes, la voute forme un cœur, dont la pointe se trouve entre les deux colonnes en face.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour visiter cet endroit surprenant. On découvre une mosaïque romaine, le tunnel de la lumière formé par la fameuse tour, les vitraux, puis près de l’autel un coffre en bois ayant appartenu à la communauté des moines de Tibehirine (Tibérine), assassinés en 1996. En partant, je suis autant intriguée par cette basilique, coincée entre des immeubles Art-déco, que par cette tour centrale en béton, commencées quelques années seulement avant l’indépendance de l’Algérie. Quelle étrange église.

La basilique du Sacré-Cœur à Alger a été construite entre 1955 et 1963 par l’architecte René Sarger (1917-1988), en collaboration avec Paul Herbé (1903-1963) qui réalise le plan de la basilique, et Jean Le Couteur (1916-2010). René Sarger, un élève d’Auguste Perret comme Le Couteur d’ailleurs, obtient son diplôme de l’École spéciale d’architecture en 1938. Il est considéré comme le spécialiste des structures en coques minces de béton armé. Plus d’informations se trouvent sur le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

The second El-Kantara bridge in Algeria

El Kantara bridge near Biskra, Algeria

Algeria, near Biskra. El Kantara bridge of roman origin © A.B.

In 1856 a young european photographer, John Beasly Greene, took a photo of El-Kantara bridge in the algerian city of Constantine. But Algeria has a second El-Kantara bridge. It was built by the roman army around the beginning of the third century A.D. in the canyon then called « Calceus Herculis » (Hercules’ shoe). The french army passed the canyon in 1844, and in 1862, the ancient roman bridge was « restored » to its current state. El Kantara is the name of these two famous bridges – and of all bridges in arabic : al-qantara.

Alger la surprenante, Egon Schiele et Stéphane Couturier

Alger - Cité "Climat de France"-Façade #2 / 2013 / C-Print - 160 x 160 cm and 100 x 100 cm / Edition of 5 each size

Stéphane Couturier, Alger – Cité « Climat de France »-Façade #2 © Stéphane Couturier / Galerie Polaris

Un des re-découvertes  à Paris Photo 2013 au Grand Palais, les photos des façades d’immeubles à Alger de Stéphane Couturier. Je ne sais pas si c’est un hasard ou une volonté picturale du photographe, mais en voyant ses photographies grand format, j’ai pensé à une toile de l’artiste autrichien Egon Schiele intitulé Maisons avec linge de couleur, banlieue II, qui a été vendu par le Musée Léopold, Vienna, in 2011 :

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Egon Schiele, Häuser mit Wäsche (Vorstadt II), 1914 © Leopold Museum, Wien

Le même à-plat des volumes, les couleurs variées en lignes horizontales et verticales et la symétrie rapprochent la photographie de Stéphane Couturier de la peinture de Schiele du siècle dernier. Le photographe, né en 1957 à Paris, a travaillé sur le thème Urban archeology entre 1995 et 2010. Ses photographies sont exposées à la galerie Polaris à Paris.

John Beasly Greene : Early photography in Algeria

Constantine

John Beasly Greene, The El-Kantara bridge in Constantine, 1856 © James Hyman Fine Art and Photographs

This 1856 view of the El-Kantara bridge in the algerian city of Constantine is one of the earliest photographs existing. It is also a historical document of great value, as the old bridge collapsed in 1857, and a new bridge was built in 1864. The photograph was taken by a young man who’s work is mostly related to egyptian archaeology.

John B. Greene (1832-1856) was born in Le Havre in Normandy a son of an american family. His father worked as a banker. The joung men came to live in Paris where he learned photography from Gustave le Gray. Greene was in 1854 one of the founding members of the Société Française de Photographie, which still exists. John Greene died in Cairo, probably of tuberculosis, at only 24. His negatives went to his friend and fellow photographer Théodule Devéria. Short biographical notes on him are published (in French) by the Bibliothèque nationale de France (his birthdate is an erroneous 1822), and by the J. Paul Getty Museum.

Moreover photography, John Greene had a keen interest in archaeology. In autumn 1853, at barely twenty, he decided to depart for Egypt at his own expenses, being too young to have an official appointment. But authorization for his planned archaelogical excavations was refused, and so Green spent the year 1854 taking photographs of the Nile and sourrounding egyptian monuments.

At his return to Paris in 1855, a set of 94 photographs under the title Le Nil – Monuments, Paysages, Explorations photographiques, were published by Blanquart-Evrard. Green’s work shows a strong influence of the landscape photography by his master Le Gray, and many images are more complexe than pure documentary and scientific photography. The album helped Greene to obtain his excavation authorization for Thebes in Egypt, and a year later for Algeria, where he went accompagnied by Louis-Adrien Berbrugger (1801-1869), the future founder of the museum and library of Algiers.

At the international fine art fair Paris Photo in november 2013, the James Hyman gallery of London showed several photographs of Greene. Three salt prints were taken in Algeria : one in Constantine (above) in the east, and two near Tipaza, showing the « tombeau de la Chrétienne ».

John Beasly Greene,

John Beasly Greene, Le  » tombeau de la Chrétienne », 1856 © James Hyman Fine Art and Photographs

These images of an antique funeral monument attributed erroneously to a christian woman, available at James Hyman gallery, are part of a set. A complete version of Green’s photographs, the « Album du tombeau de la Chrétienne » dated 1855 or 1856, which contains fourteen plates numbered, annotated and signed by the photographer, is kept in the library of the Institut de France in Paris. This album was donated by Louis-Adrien Berbrugger to the Académie des Inscriptions et Belles-Lettres in october 1856 and can be seen online on the Arago database.

Ab nach Algerien – rheinländische Auswanderer im 19. Jahrhundert

Blick über die Stadt Algier, Algerien. © A.B.

Blick über die Stadt Algier, Algerien. © A.B.

Armut, Misernten, Schulden, zu harte Lebensbedingungen und schließlich die Hoffnung auf ein besseres Leben haben im 19. Jahrhundert Hunderttausende von meist armen Menschen in die Transatlantikliner getrieben. Jeder kennt die Formeln vom « american dream » und « Go West ! » und den kultischen ersten Blick auf die Freiheitsstatue, der allerdings erst ab Herbst 1886 möglich war, dem Datum der Einweihung der Statue durch den amerikanischen Präsidenten Grover Cleveland. Weniger bekannt ist, daß viele Menschen nicht den Atlantik, sondern das Mittelmeer überquerten, mit dem Ziel, sich in weitaus weniger fernen Gefilden auzusiedeln, wie zum Beispiel im damals französischen Algerien.

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La plus ancienne photo d’Alger

Les remparts d’Alger à 24 000 euros

Les remparts de la ville d'Alger. Daguerréotype anonyme. © Sotheby's

Les remparts de la ville d’Alger. Daguerréotype anonyme. © Sotheby’s

Lors d’une vente chez Sotheby’s fin mai, ce daguerréotype d’un photographe anonyme français fait en 1844 a été préempté par le ministère de la Culture et de la Communication. Le cliché, très fragile, montre les remparts de la ville d’Alger. Il rejoindra les collections des Archives nationales d’outre-mer, à Aix-en-Provence, dont la plus ancienne photographie sur l’Algérie datait jusqu’ici de l’année 1851.
Le communiqué du ministère, publié le 11 juin 2013, précise le contexte historique de l’image : « Les daguerréotypes reproduisant les vues de la ville d’Alger (le port, la mosquée de la place du Gouvernement, celle de Coléah) sont également les héritiers des peintures orientalistes de paysages, très en vogue à la même époque. »

Un tableau peint par l’artiste belge Alphonse Asselbergs, qui a séjourné dix-huit mois en Algérie, montre les remparts trente ans après ce cliché photographique. Aujourd’hui, il n’en reste quasiment rien.

Alphonse Asselbergs, La Casbah d'Alger, vers 1873-1874. © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / H.Lewandowski

Alphonse Asselbergs, La Casbah d’Alger, vers 1873-1874. © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / H.Lewandowski

Vestiges romains en Algérie : le passé menacé

Aqueduc près de Cherchell, Algérie. © A.B.

Aqueduc près de Cherchell, Algérie. © A.B.

Les traces matérielles du passé antique sont précieuses. Dès qu’une lampe à huile pointe son nez dans un talus de terre, on arrête tout, on appelle les archéologues, on fouille, on photographie, on documente, et on conserve. Les vestiges des arcs encore debout d’un aqueduc romain, visibles de loin, ne passeront certainement pas inaperçus.

En Algérie, si. Des monuments romains, parfois uniques dans leur genre, sont envahis par un urbanisme sauvage, menacés par l’invasion des déchets, ou alors totalement oubliés. Beaucoup sont entourés d’une indifférence qui semble générale, à l’image de ce tronçon d’aqueduc de l’antique Cesarea, la puissante ville de la Maurétanie césarienne, aujourd’hui Cherchell, perdu dans une vallée près d’une route, sans panneau, au milieu de nulle part – pour être plus précis, près d’une décharge sauvage.

Je ne sais pas si des fouilles archéologiques sont menés quelque part en Algérie, je n’en ai pas vu. Quelques personnes enthousiastes et motivées luttent pour la survie de ce passé précieux, mais ils sont souvent bien seules. Combien de fois nous étions obligés de déplacer bouteilles en plastique, emballages divers et autres vestiges du XXIe siècle pour pouvoir faire des photos de ce qui reste de l’occupation romaine en Afrique du Nord ! Je ne prétends pas que dans le théâtre d’Orange il n’y a jamais de déchets, mais en Algérie, ils s’accumulent sur place. Les sites archéologiques sont très vastes, parfois peu ou pas gardés, et les employés des sites entretenus ont déjà bien à faire a désherber ces surfaces gigantesques.

Il peut y avoir des vestiges de taille impressionnante, perdus dans un village en haut d’une colline, dont l’existence est connu de quelques historiens du XIXe siècle, mais qui ne sont plus signalés depuis. C’est le cas de ces murs qui sont probablement ceux des thermes romains monumentaux :

Thermes (?) romains. Grande Kabylie, Algérie. © A.B.

Thermes (?) romains. Grande Kabylie, Algérie. © A.B.

Tout n’est pas catastrophique, heureusement. Les sites classés patrimoine mondial de l’UNESCO (Djémila, Timgad et Tipasa) sont globalement en bon état et bien entretenus. Les visiteurs – en grande majorité algériens – s’y promènent en famille. Les ruines romaines font partie de leur vie, et à Tipasa elles abritent les jeunes couples amoureux qui savourent ce site magnifique et paisible, et sur le forum dallé de Djémila, vieux de deux mille ans, les enfants jouent au football dans une lumière printanière magique.

Mais malheureusement, il y a les mosaïques qui blanchissent au soleil, les sculptures qui se dégradent chaque année – traces solitaires du passé qui auront disparues dans quelques années. Il y a un arc de triomphe, un aqueduc dans un no-mans land, entourés d’une décharge. Il y a des musées qui sont fermés depuis des années, et quand ils sont ouverts, il n’y a pas de catalogue, pas de cartes postales, pas de librairie, pas de plan, et les objets très souvent sont sans légendes. Et que dire de cette éternelle interdiction de photographier ! Mais il y a des femmes et des hommes qui y travaillent, accueillants, souriants et heureux de vous parler de tous ces trésors qui s’y trouvent. C’est eux qui apportent la vie dans ces lieux mornes et froids, et souvent vides.

Les Romains étaient des envahisseurs et des occupants, comme plus tard les Vandales, les Byzantins, les Arabes, les Ottomans, puis les Français. Mais tous ont contribué à former le pays algérien, ils ont tous fait l’Algérie dans toute sa complexité et sa richesse, sa beauté et sa douleur. Comment oublier les Romains qui sont devenus membres de la famille, si bien que les vétérans de l’armée romaine se sont installés dans les villes de Timgad, Tébessa, Lambèse, et leurs fils ont intégré cette même armée qui a alors tenté de protéger les habitants d’un nouvel envahisseur, les Vandales ?