Angeterre

« Les Tudors » à Paris, entre réalité historique et postérité

Artiste des Pays-Bas Elisabeth Ire, dit The Darnley Portrait, vers 1575. 113 x 78,7 cm huile sur bois Londres, National Portrait Gallery © National Portrait Gallery, London, England

Peintre anonyme, Elizabeth Ire, dit The Darnley Portrait, vers 1575 © National Portrait Gallery, Londres

Le musée du Luxembourg à Paris accueille depuis le 18 mars une des familles les plus rocambolesques de l’histoire de l’Angleterre: les Tudors. Comparé aux leurs, les scandales de la famille Windsor font pâle figure. Le danger était alors de succomber à la tentation de ce monde semi-historique peuplé d’Elizabeth la Reine Vierge, de Henri VIII Barbe Bleu et de Marie la Sanglante, le tout lorgnant vers le culte des séries télévisée comme Les Tudors ou Game of Thrones. Ce n’est pourtant pas une exposition dédiée aux « happy few », aux spécialistes de la Renaissance anglaise. Le musée du Luxembourg, en partenariat avec la National Portrait Gallery de Londres, organisatrice de l’exposition The Real Tudors: Kings and Queens Rediscovered achevée début mars, remet les choses simplement à leur place: au Seizième siècle.

Quelques réalités historiques, souvent occultées, sont ainsi rappelées au public, habitué à la surexposition aux images: il n’existe pas de portrait contemporain d’Anne Boleyn. Seule une petite médaille donne une idée de l’apparence physique de la femme pour laquelle Henri VIII a remué ciel et terre. La situation est comparable pour Jane Grey, la « reine de neuf jours »: aucun portrait contemporain à pu lui être attribué avec certitude. Ce n’est pas pour autant une succession de tableaux, de médailles et de chartes qui attendent le visiteur. L’ouverture au monde moderne et contemporaine est faite dès l’entrée. On est accueilli par un extrait de film de 1912, dans lequel Sarah Bernhardt incarne la reine Elizabeth Ier, fille d’Anne Boleyn, la seconde épouse d’Henri VIII. Dans une vitrine sur la gauche se trouve un manteau de sacre, le costume de cinéma porté par l’actrice Cate Blanchett dans le film « Elizabeth » (1998) écrit par Michael Hirst, l’auteur de la série télévisée à grand succès Les Tudors. Avant de passer au Seizième siècle, on aura reconnu en face la reine Anne Boleyn à la Tour de Londres, effondrée en pleurs, sur un tableau peint par Edouard Cibot en 1835 (musée Rolin, Autun). À droite sont le roi Henri VII, fondateur de la dynastie Tudor, et sa femme, Elizabeth d’York.

On entre ensuite dans l’espace qui présente la seconde génération des Tudors et ses contemporains français, de Louis XII à la famille de François Ier. Plusieurs portraits d’Henri VIII jeune, son armure porté au Camp du Drap d’Or près de Boulogne en 1520, des portraits des enfants de France et des chartes mettent en lumière les relations étroites entre les deux royaumes au début du 16e siècle. Une découverte est le portrait de Marie d’Angleterre par Michel Sittow, conservé au Kunsthistorisches Museum de Vienne, longtemps présenté comme celui de Catherine d’Aragon, première épouse du roi d’Angleterre. En 1514, cette jeune sœur d’Henri VIII fut envoyé en France pour épouser Louis XII.

Au tournant, l’impressionnant portrait d’Henri VIII en pied, la copie anonyme d’une œuvre de Holbein venu de Petworth House, prend tout la place et impose la présence physique de ce géant, renforcée encore par des habits somptueux et hors de prix. Le roi est suivi de portraits de ses femmes et de ses enfants Marie Tudor et Edouard, ce fils tant désiré peint par Holbein en 1538, où le petit garçon d’environ un an tient son hochet comme un sceptre.

La pièce suivante est consacré à Elizabeth, second enfant d’Henri VIII. À la suite de sa demi-sœur Marie Tudor, elle deviendra reine d’Angleterre en 1558. De magnifiques portraits d’elle – le portrait Darnley (ci-dessus) et le fameux portrait au phénix –, des portraits de ses courtiers et quelques objets précieux, comme sa bague renfermant son portrait et celui de sa mère Anne Boleyn (vers 1575) montrent tout l’éventail de la cour d’Angleterre entre représentation et intimité. Sa grande rivale Marie Stuart rappelle l’histoire mouvementé entre l’Angleterre, l’Écosse et la France à partir du milieu du 16e siècle.

La dernière partie de l’exposition évoque la présence des Tudors au théâtre, commençant par Shakespeare, puis dans l’opéra et dans la littérature du 19e siècle. Ces œuvres de fiction ont durablement marqués les représentations de la famille Tudor, et quelque peu obstrués les faits historiques.

Une dernière remarque sans doute anachronique, et qui peut paraître saugrenue. Mais peut-être donnera-t-elle matière à réflexion sur une époque où la reine était une vierge, mais aussi le chef d’état et le chef de l’armée. J’ignore si la recherche sur le gender, c’est-à-dire le genre et sa définition voire sa confusion, a déjà remarqué un étrange échange de symboles de féminité et de masculinité exprimé par la mode.

Marcus Gheeraerts le Jeune Robert Devereux, comte d’Essex vers 1597 218 x 127,2 cm huile sur toile Londres, National Portrait Gallery © National Portrait Gallery, London, England

Marcus Gheeraerts le Jeune, Robert Devereux, comte d’Essex, vers 1597 © National Portrait Gallery, Londres

Robert Devereux (1565-1601), comte d’Essex, porte sur ce portrait prêté par la National Portrait Gallery, les habits et le collier de l’Ordre de la Jarretière (en Anglais the Order of the Garter), le plus prestigieux des distinctions d’honneur de la chevalerie de Grande Bretagne, créé au 14e siècle. Le comte d’Essex était l’un des favoris d’Elizabeth Ier. Sa relation houleuse avec la reine est bien reconstitué dans Elizabeth I, un film de 2005 où la souveraine est incarnée par l’actrice britannique Hellen Mirren. Pour des yeux du 21e siècle, il est inhabituel de voir un homme portant ce qui ressemble à une robe. Si on revient maintenant sur le portrait dit Darnley d’Elizabeth Ier, elle y porte un pourpoint orné de broderies qui évoquent celles d’une uniforme de cavalier d’une époque bien plus récente. Ce détail curieux n’a d’ailleurs pas échappé à la National Portrait Gallery, qui décrit la reine « wearing a rather masculine doublet with a lace ruff collar » (« portant un pourpoint, un vêtement plutôt masculin »). Cette confusion visuelle entre les genres confirme à mon avis l’auto-identification d’Elizabeth Ier à une reine et un roi; elle est simultanément faible femme et chef suprême de l’armée d’Angleterre, une revendication d’ailleurs clairement exprimé quelques années plus tard dans son discours de Tilbury ou Armada speech de 1588.

Cette exposition au musée du Luxembourg me semble indispensable à toutes celles et tous ceux qui cherchent à dépasser la façade glamour et théâtrale de l’image des Tudors véhiculée par la télévision, le cinéma et par tout un courant de livres pseudo-historiques. En revanche, avec une série télévisée comme Wolf Hall, basée sur les livres de Hilary Mantel et encore et toujours consacré aux Tudors, la télévision s’approche peut-être d’avantage d’une certaine vérité historique.

Marie de Guise, Scotland’s French Queen (1538-1542)

Marie of Guise-Lorraine. © British Museum, London.

François Clouet, « La mere de la Royne descos de la meson de guise » © British Museum, London, Gg 1.420

September 18, 2014. For the first time in History, a referendum has given the Scottish people the choice to revert to independence. For centuries, Scotland has been an independent kingdom, but no one ever dreamt of asking the Scots by whom they wished to be ruled. Their kings descended from powerful Scottish families, and their queens from princely and even royal families of foreign countries such as England, Denmark or France. One of these foreign rulers was Queen Marie of Lorraine-Guise.

Lorraine, Bourbon, Guise

Mary of Lorraine was born the first child of what would become one of the most powerful families in sixteenth century France, the Guise. Her time was marked by profound social and religious changes in Europe. In today’s France, a few historians still know of her existence, but there is almost no knowledge about her in the general public. There are several reasons for her disappearance from French History books.

A sixteenth century noblewoman, Marie was all her life guided, or better say, ordered around by her most ambitious family. It all started with her father Claude, a younger son born into the family of the dukes of Lorraine, who served the French king Francis I. His father’s wishes and later his military bravery made him first a Frenchman, then in 1527 the first duke of Guise and governor of Champagne and Burgundy. Claude of Lorraine fought in Italy and Germany and was in his youth one of king Francis’ I closest allies. After duke Claude’s death in April 1550, Mary’s brother Francis of Guise became head of the family and, together with his younger brother Charles, cardinal of Lorraine, continued to influence the life and decisions of his sister in Scotland.

The pious life of Mary’s mother inspired French historian Gabriel Pimodan a biography published in 1889, entitled « Antoinette de Bourbon, the mother of the Guises ». According to Pimodan, her significance was the mothering of numerous male Guise descendants. Unlike her mother Antoinette, Marie of Guise did not make twelve children, she ended up with only one, and on top of that a girl. However, she too is known as the “mother of Mary Stuart” but did not have the good fortune to deserve a French biography. Marie had only the one daughter, as all her four sons died young. Both Guise women were much more than a “mother of”. Antoinette was a long-living and influent duchess, and her eldest daughter Marie started as duchess of Longueville herself before becoming in 1538 Queen of Scotland. In April 1554, her daughter the Queen of Scots nominated her in her absence Queen regent of Scotland. Powerful women such as Diana of Poitiers, the influent mistress of king Henry II, have a bad reputation in France. Ruling without a man, or with a “weak” man at their side, has always been a bad idea for a powerful woman. In the eyes of her sixteenth century French contemporaries, Marie “Royne d’Escosse” lived in a remote, cold and barbarian country. After her death at Edinburgh castle in June 1560, her personal qualities and her courageous struggle to uphold her daughter’s throne in Scotland was recognized and remembered in France. Today, she is all but forgotten.

The Guise family, too close to the throne of France

Marie was a Guise and the first child born into a highly ambitious family. Like all Guises, she was born and raised a Catholic. Unlike her mother Antoinette and her younger brothers, Mary seemed to have been more tolerant and adaptive. She did not live to see her once powerful male brothers and nephews murdered one by one. Her eldest brother Francis duke of Guise was stabbed to death by a Protestant in 1563. His son Henry, third duke of Guise, was assassinated by men of the French king Henry III at the château of Blois in 1588. At the end of the sixteenth century, the once glorious name of Guise was doomed.

Bar, Lorraine, France: “It’s complicated”

Another reason why Marie of Lorraine never got much attention in France might be that she was foreign born. The small duchy of Bar, her birthplace, and the much greater duchy of Lorraine had been independent for centuries. Her father Claude had been naturalised French by king Francis I, but the Guise family members were still regarded as strangers in the French kingdom. Lorraine, ruled by Claude’s elder brother duke Anthony, was still linked to Emperor Charles V, the hated enemy of France. From the mi-sixteenth century, Lorraine became the centre of a long fight between France and the Holy Roman Empire; even today, Lorraine is sometimes regarded as not entirely French.

Only mother of Mary Stuart?

Marie of Lorraine is mother to the very famous Mary Queen of Scots, a VIP in European history. Therefore, her mother queen Marie only appears as “mother of Mary Stuart”, like Antoinette is the “mother of the Guises”. In September 1550, when queen Marie came back to France from Scotland to see her family, her beloved daughter and her son Francis of Orléans from her first marriage to the duke of Longueville, she might have dreamt of staying in France. However, after the death of her son in September 1551, she left for Scotland. Did she obey the French king Henry II and her two brothers Francis, duke of Guise and Charles, cardinal of Lorraine, who ordered her to go back to Scotland and defend her daughter’s kingdom against England and the Scottish Protestants? Did she go back by her own strong will to fulfil her destiny as Queen of Scotland, to ride out in the battlefield against the English like Joan of Arc another woman from Lorraine had done a century before, to fight for the rightful Stewart sovereign like Joan of Arc had done for the rightful French king? She might not have forgotten that the English army had burned and destroyed the palace and abbey of Holyrood near Edinburgh, and the tombs of her husband James V and her two baby sons back in 1544.

At the end of her life, Marie of Lorraine-Guise and Scottish Queen regent fought the army of Queen Elizabeth I of England, another powerful unromantic female ruler, and yet another Renaissance woman who had decided she didn’t need a man to rule her realm, nor her life.

Read more about Mary of Guise on marieguiselorraine2015.com.

Du Bellay raille Charles Quint : « Plvs Ovltre il ne passa »

Après la mort accidentelle du roi de France Henri II en juillet 1559, le poète Joachim Du Bellay (vers 1522-1560) lui dédit une oraison funèbre en vers. Dans l’extrait à suivre, Du Bellay mentionne ainsi « Henry », le roi d’Angleterre Henri VIII, mort en 1547, qui était l’ennemi juré de François Ier, le père du roi, mais aussi « Charles », c’est-à-dire l’empereur Charles Quint, dont la devise était « Plus oultre » – « Au-délà ». Le roi défunt aurait sans doute apprécié ce jeu de mot de Du Bellay. Le mot « heur », du mot Latin augurium, signifie « chance » ou « bonheur ».

« Et comme d’Annibal l’invincible victoire / Au vengeur Scipion ceda jadis sa gloire / Ainsi l’heur de Henry de Charles renversa / L’heur, & fit que delors PLVS OVLTRE il ne passa. »

Joachim Du Bellay, Le tombeau du très chrétien Roy Henry II, 1559.

Words from Sir Winston’s American friend

« To Winston on his birthday. » November 30, 1944, by Franklin D. Roosevelt.

When visiting his home at Chartwell, Westerham, Kent, I remarked amongst the numerous presents Sir Winston Churchill received from all over the world, a printed word from Abraham Lincoln, dedicated to Churchill by another american president, Franklin D. Roosevelt. I was struck by the righteousness of Lincoln’s words :

« If I were trying to read, much less answer all the attacks made on me, this shop might well be closed for any other business. I do the best I know how, the very best I can; and I mean to keep on doing it to the end. If the end brings me out all right, what is said against me will not amount to anything. If the end brings me out all wrong, ten angels swearing I was right would make no difference. »