architecture

Eugène Viollet-le-Duc : un Moyen Age version 2.0

Viollet-le-Duc, Le beffroi, 1874

Viollet-le-Duc, Le beffroi (1874). Étude préparatoire pour « Histoire d’une forteresse ». Aquarelle, rehauts de gouache. © Charenton-le-Pont, Médiathèque de l’architecture et du patrimoine

Il a créé un Moyen Âge dont les normes ont durablement marqué l’imaginaire français et européen, voire mondial. Toute la variété du talent de Viollet-le-Duc est exposée à Paris au palais Chaillot, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, jusqu’au 9 mars 2015.

Né en 1814, Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc sort de l’ordinaire par sa force créatrice, par ses puissantes visions du passé et par son exigence et son éclectisme artistiques. Cet architecte-dessinateur-scientifique excellait surtout dans l’anastylose (du Grec anastellein : technique de reconstruction d’un édifice en ruines, en utilisant des éléments architecturaux originaux et contemporains).

Viollet-le-Duc a façonné un monde architectural médiéval plus coloré, plus civilisé, plus plaisant et attrayant que « l’original » médiéval, souvent abîmé pendant la Révolution Française, ou déjà abandonné depuis des siècles. Le nombre de prestigieux monuments français qui portent la trace de son intervention est impressionnant : la basilique de Vézelay en Bourgogne, la Sainte-Chapelle à Paris, la cathédrale Notre-Dame de Paris, la basilique de Saint-Denis, la cathédrale d’Amiens, la cité de Carcassonne, le château de Coucy, la basilique de Saint-Sernin de Toulouse …

Cette force imaginative et créatrice est accompagnée par une activité archéologique et scientifique considérable. Parmi des monuments de l’érudition encyclopédique du 19ème siècle figurent son Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, publié en neuf tomes entre 1854 et 1868, et le Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque carolingienne à la Renaissance en 8 volumes, publié entre 1858 et 1875. En tant que dessinateur historique, il exécuta plus de cent illustrations pour l’Histoire de France de Jules Michelet. L’intégralité des œuvres écrites de Viollet-le-Duc, mis à jour en 2010, se trouve sur le site de INHA.

D’une curiosité insatiable, Viollet-le-Duc fut aussi un grand voyageur, d’abord dans toute la France, mais aussi en Angleterre, en Allemagne et en Italie. La Renaissance italienne et ses arts décoratifs l’ont influencé à un tel point qu’il avoua dans une lettre à son père qu’il les préférait aux monuments antiques, pourtant la référence de l’architecture monumentale de son temps.

Viollet-le-Duc meurt le 17 septembre 1879 à Lausanne, dans sa villa La Vedette, qu’il a fait construire entre 1874 et 1876 et qui fut démoli depuis. Mais son influence sur notre image du Moyen Age reste aussi forte que celle du peintre Jean-Leon Gerôme, autre grand maître du visuel du 19e siècle, qui, avec le peintre d’origine néerlandaise Lawrence Alma-Tadema, a marqué notre imaginaire du monde antique. Viollet-le-Duc a réussi à matérialiser son monde médiéval personnel, que j’appelle un Moyen Age 2.0, un double imaginaire, qui s’est depuis substitué en grande partie à la réalité historique, et qui perdure toujours au cinéma, à la télévision, et dans l’esprit du grand public. Je cite comme exemple le fameux chapeau pointu des demoiselles façon Walt Disney, qui est lui-même un bel avatar de Viollet-le-Duc, et l’exclamation débile « Oyez, oyez » qui précède immanquablement n’importe quel marché médiéval contemporain. Les derniers exemples de ce Moyen Age 2.0. sont la série HBO Game of Thrones, les films The Hobbit et Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, et les jeux vidéo à contenu historique, comme la Palestine médiévale fantasmé de Assassins Creed. Ce Moyen Age mi-historique, mi-imaginaire s’épanouit aussi dans le monde du reenactment (la reconstitution historique), où les costumes, les objets et les gestes inspirées des réalités du Moyen Age et d’un Moyen Age façon 19e siècle, se mêlent à l’esthétique du 21e siècle. Peut-être sommes-nous ainsi rentrés dans le Moyen Age 3.0.

Le pont-canal de Briare (Loiret)

Canal de Briare

Le pont-canal de Briare © A.B. 2014

Manuel Cohen’s photographies of Dougga in Tunisia

It’s been five years I have been visiting Dougga, the antique punic and later roman city who’s ancient name Thugga derives from the numidian word tukka meaning « steep roc ». Dougga was built in the 2nd century A.D. and lies in the roman province of Africa Proconsularis, a territory covered today mostly by Tunisia and a small part of Eastern Algeria. I still remember the view from the roman Capitol over the beautiful landscape, where the green coat of spring was starting to cover the fields. Here are some beautiful photographs of Dougga by french photographer Manuel Cohen.

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La basilique du Sacré-Cœur à Alger

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Alger, basilique du Sacré-Cœur © A.B.

Une apparition dans une rue voisine, près de mon passage en voiture, m’a fait retourner la tête : « Mais qu’est-ce que c’est ? » – « Quoi donc? » – « Ce truc là, derrière. Il y a une centrale nucléaire à Alger ? »

Et voilà – je l’avais fait, LE commentaire qu’il ne fallait pas faire. Je me suis disqualifiée, je suis ignare, sans aucune culture architecturale moderne. Mais pardon, toutes les tours de refroidissement des centrales nucléaires ressemblent à cette tour-là. « Mais non », me dit notre guide, « c’est la basilique du Sacré Cœur. » Une basilique. J’ai une excuse de ne pas l’avoir reconnue toute de suite : en tant que historienne, j’ai le cerveau formaté. Pour moi, une basilique est une structure architecturale rectangulaire, avec deux nefs, et de préférence d’époque romaine ou romane. Ce bâtiment inédit au cœur d’Alger m’intrigue beaucoup, il faut absolument le voir. Au passage, je me souviens que ‘basilique’ n’est pas seulement une forme architecturale, mais aussi une église avec un statut privilégié, donné par le Pape.

Nous cherchons l’entrée de cette église, qui est entouré d’un mur et des grillages, et arrivons devant un portail métallique avec une sonnette. On sonne, rien ne se passe. On re-sonne. Une femme nous ouvre, et notre guide explique que nous souhaitons visiter la basilique. Oui, le recteur de la basilique est là, et le voilà qui arrive. Nous entrons. Du béton armé à la Ronchamps de l’architecte Le Corbusier, mais formant un espace inédit et bien plus majestueux. Des colonnes brutes et droites qui soutiennent la voute au centre, et qui contrebalancent des lignes douces comme des cordes d’une tente. « Vous voyez ? », demande le recteur qui nous fait la visite de la basilique, « cette église ressemble à une tente nomade, une tente berbère ». Et il nous attrape et nous emmène à un autre endroit précis. « Regardez, » dit-il, « regardez en haut, vous le voyez? »

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Alger, basilique du Sacré-Cœur. Colonnes et voute en béton armés © A.B.

Euh … non. On ne voit que du béton. Le recteur nous laisse chercher un moment, puis me fait un signe avec ses deux mains, le signe d’un cœur, puis il nous montre la voute. Oui, je le vois maintenant : depuis le milieu de ces colonnes, la voute forme un cœur, dont la pointe se trouve entre les deux colonnes en face.

Nous n’avons pas beaucoup de temps pour visiter cet endroit surprenant. On découvre une mosaïque romaine, le tunnel de la lumière formé par la fameuse tour, les vitraux, puis près de l’autel un coffre en bois ayant appartenu à la communauté des moines de Tibehirine (Tibérine), assassinés en 1996. En partant, je suis autant intriguée par cette basilique, coincée entre des immeubles Art-déco, que par cette tour centrale en béton, commencées quelques années seulement avant l’indépendance de l’Algérie. Quelle étrange église.

La basilique du Sacré-Cœur à Alger a été construite entre 1955 et 1963 par l’architecte René Sarger (1917-1988), en collaboration avec Paul Herbé (1903-1963) qui réalise le plan de la basilique, et Jean Le Couteur (1916-2010). René Sarger, un élève d’Auguste Perret comme Le Couteur d’ailleurs, obtient son diplôme de l’École spéciale d’architecture en 1938. Il est considéré comme le spécialiste des structures en coques minces de béton armé. Plus d’informations se trouvent sur le site de la Cité de l’architecture et du patrimoine.

La Pagode de Chanteloup, folie du duc de Choiseul (1775)

La pagode de Chanteloup © A.B.

Vue depuis la pagode de Chanteloup, folie du duc de Choiseul © A.B.

« PLVS OVLTRE » – le palais de Charles Quint à Grenade

Alhambra – un mot qui me fait rêver, au son riche et majestueux. Alhambra  – il s’épanouit dans mon imagination en un palais arabe, un lieu de rêve, en jardins paradisiaques, fontaines dans l’ombre des citronniers, en marbre luisant de la cour des lions, en arcs de pierre en dentelle. Al Hamra, La Rouge. Cet été-là, j’y étais vraiment. J’avais mon ticket d’entrée, j’allais enfin découvrir la beauté de ce palais si souvent admiré dans des livres. En entrant sur le site, avant d’arriver au palais, dans la descente, se trouve sur la droite une énorme bâtisse qui ne ressemble en rien à un palais des Mille et Une nuits. Peu des touristes ne font d’ailleurs attention à ce carré impressionnant, massif, d’aspect martial, de toute façon en rien semblable à un palais arabe.

Un palais Renaissance inachevé

L’extérieur est presque hostile – c’est une architecture classique, géométrique qui me rappelle l’architecture italienne. Une fois fait le tour de ce colosse, je me retrouve devant l’entrée et ce bas-relief :

Bas-relief du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Je m’approche et je lis les mots neo-latins PLVS OVLTRE sur une banderole enroulée autour de deux colonnes. Ce sont les colonnes d’Hercule, et entre elles, un globe couronné, flanqué de deux Victoires avec dans la main de chaque femme, une branche de palmier. « Plus oultre » – « au-délà » : ces mots en neo-latin sont la devise de Charles Quint, l’empereur tout-puissant du XVIe siècle, et ennemi préféré du roi François Ier. Voilà ce qui est clair dès l’entrée : c’est au maître du monde que je rends visite, un maître du monde qui veut surpasser tout, même soi-même. J’entre alors dans le palais de Charles Quint.

Entouré de colonnades, s’ouvre devant moi un espace circulaire à deux niveaux, une immense arène de pierre, l’architecture dans sa plus pure expression, malgré un état inachevé et vide :

Colonnades du palais de Charles Quint, Grenade © A.B.

Ce palais a été conçu vers 1527 par l’artiste espagnol Pedro Machuca, qui s’inspirera des palais érigés en Italie, notamment ceux du grand architecte italien Bramante. La Renaissance italienne déploie ainsi à Grenade sa splendeur minérale, où dans un cercle lumineux le dallage du sol reflète le ciel. Mais le temps presse, il faut partir pour visiter des jardins et palais arabes.

Sans la découverte quasi fortuite du palais et de ses bas-reliefs, je n’aurai pas compris les mots PLVS OVLTRE qui se retrouvent dans un des multiples pièces à l’intérieur du palais de l’Alhambra, sculptés dans le plafond à caisson en bois :

Détail du plafond à caisson, palais de l’Alhambra, Grenade © A.B.

Sur les côtés de la devise se trouvent la lettre K pour Karolus (Charles) et Y pour Ysabel (Isabelle de Portugal), une princesse que l’empereur épousa en 1526. J’étais parti pour découvrir un palais arabe – que j’ai vue aussi, bien entendu – mais j’ai y découvert la trace de Charles Quint, né dans la ville de Gand en 1500, qui a régné pendant plus de trente ans sur la quasi-totalité de l’Europe. Sa devise PLVS OVLTRE, « plus ultra » en Latin classique, est toujours utilisé – elle fait partie, avec les deux colonnes d’Hercule, des armoiries de l’Espagne.

Armoiries de l'Espagne © CC BY-SA 3.0

Armoiries de l’Espagne © CC BY-SA 3.0

Mise à jour le 3 septembre 2013.