héritage

Le pont-canal de Briare (Loiret)

Canal de Briare

Le pont-canal de Briare © A.B. 2014

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Le peintre Chazal et l’heritage du domaine de Villarceaux

Le 19eme siècle fourmille de peintres alors très en vogue, et totalement oubliés de nos jours. Les sujets de leurs peintures sont historiques ou religieux, et leur style rappelle souvent « la manière de ». Beaucoup d’entre elles dorment dans les réserves des musées, restent enroulées dans des greniers des particuliers ou pire, pourrissent dans des caves et remises humides. Parmi ces peintres oubliés se trouve Charles-Camille Chazal, né à Paris en 1825. Très peu de ses œuvres sont exposées dans des musées. Huit de ses toiles, souvent en mauvais état de conservation, ont été vendues aux enchères par la maison Osenat à Fontainebleau en février 2012. Récemment, une autre toile à été découverte dans l’église Saint-Crépin-et-Saint-Crépinien de Chaussy par Thierry Labussière, conservateur du domaine de Villarceaux.

Dans un article du Parisien paru le 31 mai 2014, Thierry Labussière explique que ce tableau de Charles-Camille Chazal, livré en 1859, à été commandé pour la chapelle qui se trouvait initialement dans le château haut de Villarceaux, construit au 18ème siècle pour Charles Jean Baptiste du Tillet, marquis de la Bussière. Au 19ème siècle, la famille Cartier, propriétaire du domaine, avait faire déplacer la chapelle dans un des deux pavillons de garde de la grille d’honneur du château, et souhaitait la décorer avec une peinture contemporaine.

Chazal_Villarceaux

La Vierge à l’enfant (1859) de Chazal, aujourd’hui en très mauvais état, éclairée par Thierry Labussière © Marie Persidat/Le Parisien

La grande toile de Chazal, qui mesure 3 m sur 2,50 m, est unique, non pas par son sujet religieux principal, mais par ce qui est peint aux côtés de la Vierge à l’enfant. On y voit une représentation du château médiéval de Villarceaux, dont subsistent aujourd’hui seulement les ruines du donjon et un pan de mur. Il a servi de matériau de construction pour le nouveau château haut, réalisé entre 1755 et 1759 par l’architecte Jean-Baptiste Courtonne. Le conservateur du domaine, Thierry Labussière, lance aujourd’hui un appel public au mécénat, à travers l’association des Amis de Villarceaux, pour restaurer cette peinture. L’entrée au domaine de Villarceaux est gratuit. En faisant un don aux Amis de Villarceaux pour sauver ce tableau de l’attaque des champignons, les visiteurs peuvent ainsi contribuer à la sauvegarde d’un témoin irremplaçable de l’histoire de Villarceaux.

Le peintre Charles-Camille Chazal est mort en 1875 à Paris, sa ville natale. Restaurer la Vierge à l’enfant de Villarceaux, peinte en 1859, ce sera aussi rendre hommage à un peintre oublié, en exposant cette oeuvre en 2015, à l’occasion du 140ème anniversaire de la mort de l’artiste.

Chazal Charles-Camille (1825-1875), La Visitation.

C. Chazal, La Visitation (1860). Musée de Beauvais. © M. Beck-Coppola/RMN-Grand Palais

La CRDS, ou Encore un joint de robinet

Nous avons tous déjà fait l’expérience : quand tout un système est pourri, il ne sert à rien de changer des pièces.

tuyaux

Dans mon immeuble, les tuyaux d’arrivée d’eau ont atteint un âge vénérable. Je crains même qu’ils n’ont jamais été changés. Nous les habitants pouvons nous réjouir quotidiennement d’un concert composé de grincements, miaulements, gémissements et d’autres bruits bizarres qui émanent de ces entrailles en plomb. Parfois, j’ouvre le robinet, et le filet d’eau qui en sort diminue, s’amincit, diminue encore jusqu’à son arrêt total. Plus d’eau. Puis, après quelques instants, les tuyaux crachent, sautent, et l’eau revient, explose depuis mon robinet, par à-coups, entremêlée de bulles d’air qui éclatent en sortant. Je peux toujours changer le robinet, le joint du robinet, l’âge de la tuyauterie ne changera pas, le problème persistera.

J’ai trouvé un de ces « joints de robinet », une pièce appelée CRDS. La CRDS est un sigle qui apparait sur les fiches de paie en France. Mais qu’est-ce ? Voici ce que nous dit l’Urssaf :

 » La CRDS (contribution au remboursement de la dette sociale) a été instaurée le 1er février 1996 pour une durée de 13 ans. Finalement sa durée a été portée à 18 ans soit jusqu’au 31 janvier 2014. Elle a pour finalité d’apurer les déficits de la Sécurité sociale. »

Apurer signifie selon la définition du dictionnaire Larousse « s’assurer que les articles d’un compte (recettes et dépenses) sont régulièrement établis et appuyés des pièces justificatives. »

Je ne connais rien de la Finance, je suis un simple citoyen, mais j’essaie de comprendre ces mots. Il ne s’agirait donc pas de rembourser la dette de la Sécurité Sociale – ce qui est à priori impossible, vu les dizaines de milliards d’euros accumulés – mais d’assainir les comptes, de rééquilibrer les recettes et les dépenses. Comment ? En trouvant de recettes supplémentaires, comme la fameuse CRDS, la contribution au remboursement de la dette sociale. Nous y contribuons à un taux de 0,50%. En septembre dernier, la Cour des comptes préconisait un relèvement du taux à 0,56%. Mais même si on augmentait la CRDS, même si on arrivait à récupérer la somme équivalente à la dette annuelle de la Sécurité Sociale qui augmente chaque année, que fait-on de la dette déjà accumulée ?

La fin de la CRDS été annoncée pour le 31 janvier 2014. A-t-on réussi à apurer les comptes ? Une question rhétorique bien sur. On ne parle plus du remboursement de la dette. Nous allons la trimballer pour toujours, ou plutôt, nous allons la passer en héritage à nos enfants, en toute connaissance de cause. Le 13 septembre 2012, dans un communiqué sur la situation financière de la Sécurité Sociale, la Cour des Comptes mettait en garde:

« Si un effort exigeant de redressement n’est pas rapidement engagé, la dette sociale continuera à croître alors même qu’elle ne peut continuer à être reportée davantage sur les générations futures. »

Mais si, elle le peut. Nous sommes arrivés en juin 2014. Voici la bonne nouvelle, trouvée sur le site de l’INSEE : « Initialement prévue pour être prélevée à titre temporaire jusqu’au 31 janvier 2014, elle continuera à être perçue jusqu’à l’apurement de la dette sociale (disposition instituée par la loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie). »

Encore une bonne nouvelle ? Depuis la fameuse loi de 2004, nous payons aussi une franchise médicale de 1 euro par acte médical, en plus de la CRDS. Rappelez-vous, il y a dix ans, la situation de la Sécurité Sociale était décrite ainsi: « La loi du 13 août 2004 relative à l’assurance maladie s’est inscrite dans un contexte financier extrêmement dégradé. Le déficit du compte de la Caisse nationale de l’assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS) s’élevait à 11,9 milliards d’euros fin 2004, soit environ 10% des dépenses de la branche. La CNAMTS n’a jamais connu de situation d’équilibre au cours des quinze dernières années et le déficit s’est accru très rapidement au cours de la dernière période. »

La CRDS, c’est comme le joint d’un robinet qu’on change de temps en temps, pour éviter qu’un futur habitant ne remarque la détérioration du système d’arrivée d’eau. C’est comme si on laissait à nos enfants une maison avec des robinets et joints tout neufs et bien visibles, en leur cachant soigneusement que dans la cave, les tuyaux sont déformés, prêts à exploser, remplis de substances toxiques, abîmés au-delà de toute possibilité de réparation. On n’a qu’à fort espérer que tout n’explosera pas avant de pouvoir se débarrasser de cette maison à la génération suivante …

Mis à jour le 28 juin 2014.

Éloge des ruines

Site antique de Palmyre, Syrie. Sanctuaire, temple de Baal. © A.B.

Site antique de Palmyre, Syrie. Sanctuaire, temple de Baal. © A.B.

Photographier les vieilles pierres, vagabonder sur les sites antiques, ressentir l’émotion d’une vie disparue, d’une ville morte qui a laissée ses traces, suivre du regard les belles perspectives des colonnades, voir briller les dalles de pierre sur le cardo, s’étonner devant un objet inconnu qui a perdu son sens – un plaisir intense et immense que je partage modestement avec un grand photographe. Le Centre de la Vieille Charité à Marseille expose jusqu’au 12 avril « Vestiges 1991 – 2012 », des photos noir et blanc de ruines antiques autour de la Méditerranée de Josef Kudelka. L’hebdomadaire Le Point no. 2107 publie dans l’édition du 13 janvier 2013 un interview du photographe, où Koudelka nous dit tout le plaisir de la photographie des ruines. Il n’y a pas de pourquoi, il n’y a pas de but, c’est l’humilité d’attendre que la photo vient à vous. On ne prends pas de photo, c’est la photo qui vous prend.

Ce que je recherche en photographiant les ruines est dit dans ces mots de Josef Koudelka : la beauté, la solitude de ces sites, « une beauté qui provoque la pensée », en effet (Koudelka, Le Point 2107, p. 100). Mais c’est aussi l’admiration devant tant d’ingéniosité que je partage avec lui : le choix de l’emplacement des temples, des thermes, une architecture qui unit l’esthétique et le confort. Je me souviens du système d’aération par tuyaux en terre cuite intégrés dans les murs des villae romaines de Bulla Regia en Tunisie. Même l’invisible est beau. Et « pour voir, il faut marcher  » (Koudelka). C’est la découverte, la surprise qui fait partie du photographe des ruines, on marche et on découvre.

Site antique de Dougga, Tunisie. © A.B.

Site antique de Dougga, Tunisie. © A.B.

Les ruines sont pour moi l’histoire visible, un passé bien vivant, ce que l’on appelle en allemand « Heimat » – non, ce n’est pas « patrie » en Français, c’est l’attachement de l’âme à un lieu de naissance. Je retrouve un morceau de moi-même dans ces ruines qui sont l’héritage de tout Européen. Josef Koudelka l’européen cite dans son entretien  le beau livre de Marguerite Yourcenar, « Mémoires d’Hadrien »  : « Et je me reconnais en l’empereur Hadrien quand il dit qu’il se sent un peu chez lui où qu’il aille » (Le Point no. 2107, p. 100).

Photographier des ruines est un autoportrait à l’aide de l’histoire et des vestiges de notre passé. Le regard reconnaît, donne sens à l’image et en même temps s’affirme soi-même. On se donne pour faire voir, pour révéler la vie cachée dans des pierres. Mais on ne parle pas que de nous, c’est un dialogue à travers le temps, un échange de vies.

Josef Koudelka le dit simplement  : « Je ne réalise que des photos qui ont un rapport avec moi. »