littérature

Jacqueline de Romilly sur la littérature et la liberté

Qui plus est, avec la variété des rencontres naît aussi la liberté des choix. Nul n’aime tous les auteurs, n’approuve toutes les doctrines : l’histoire littéraire les offre tous et toutes : c’est ainsi que chacun se fait soi-même, selon ses sympathies et sa personnalité. Et, de même que la possibilité d’énoncer clairement sa propre pensée constitue une libération, de même la possibilité de trouver ses idées non pas seulement dans l’actualité du jour et dans quelques textes contemporains, mais dans des siècles d’expérience, d’essais et de variations, assure vraiment aux jeunes esprits ce bien sans prix – leur liberté.

Jacqueline de Romilly, Lettre aux parents sur les choix scolaires. Éditions de Fallois, Paris 1994, p.48.

A la recherche du temps perdu

st. Musée Carnavalet, Paris

La chambre de Marcel Proust. Musée Carnavalet, Paris © A.B.

Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée (1958)

Il fallait servir : à quoi ? à qui ? J’avais beaucoup lu, réfléchi, appris, j’étais prête, j’étais riche, me disais-je : personne ne me réclamait rien. La vie m’avait paru si pleine que pour répondre à ses appels infinis j’avais cherché fanatiquement à tout utiliser de moi : elle était vide ; aucune voix ne me sollicitait. Je me sentais des forces pour soulever la terre : et je ne trouvais pas le moindre caillou à remuer. Ma désillusion fut brutale : « Je suis tellement plus que je ne peux faire ! »

Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée. Paris, Gallimard 1958, p. 225.

Comment rater sa vie?

Das Nichts nichtet. Martin avait raison.

existence!

Peut-on rater sa vie comme l’on voit partir un train ? Rater sa vie, l’idée fait peur plus que la mort, car nul ne craint de manquer sa mort. Le problème de l’existence, c’est que l’on a beau souffrir, ou être malheureux, cela n’empêche en rien de mourir.

Chacun en tire une conclusion inévitable : plutôt rien que mourir, et pour cela veillons soigneusement à ce que rien ne se produise. Nous restons alors résolument au bord de la vie. Tout notre art et notre soin, nous les plaçons à ce qu’il n’arrive rien. Rien n’est donc pas un donné, mais un résultat de soins attentifs.  Rien est le but constant de la plupart des efforts.

Pourquoi nous suffit-il, ce fait qu’il y a presque un monde, et presque le bonheur ? Car nous ne sommes jamais très loin de l’existence. Et le réel est parfois fort près de se produire. Le rien…

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