Allemagne

De la « guerre généreuse », de l’Islam et de l’Allemagne

En cet début d’année 2018, un ami m’a envoyé le lien d’une conférence de l’auteur germano-égyptien Hamed Abdel-Samad, intitulée « Europa und Islam – Wer wandelt wen? (L’Europe et l’Islam – Qui transforme qui ?) », que le DAI Heidelberg a posté sur Youtube le 10 juillet 2017. Cette intervention courageuse et inspirée m’a frappé par sa justesse d’analyse et par des réflexions stimulantes et pertinentes, comme par exemple l’asymétrie des mots Europa et Islam qui sont communément utilisés à la place de Christentum (Chrétienté) et Islam, et la remarque que l’opposé du mot allemand Zukunft (avenir) n’est pas Vergangenheit (passé) mais Herkunft (origine), car en effet, le mot Zu-kunft signifie étymologiquement « à l’approche » et Her-kunft « en provenance de ». Dans aucune autre langue, dit Abdel-Samad, le concept de l’avenir (Zukunft) est aussi fermement lié à celui de l’origine (Herkunft), une thèse fort intéressante que je ne souhaite pas poursuivre ici, car elle mériterait plus ample réflexion.

Dans la suite de son intervention, Abdel-Samad s’intéresse aussi à deux mots qui sont souvent opposés quand on parle d’Islam et d’Europe en Allemagne : les mots Abendland (Occident) et Califat, qui sont pour lui non pas des réalités mais des utopies. Cette remarque m’a rappelé un texte que j’ai lu il y a quelque temps et dont un passage m’a beaucoup dérangé par sa charge idéologique. Il s’agit de l’Essai sur l’oraison funèbre de Villemain, un éminent membre de l’Académie française et Grand officier de la Légion d’honneur. Abel-François Villemain, né en 1790, est pourtant un homme intelligent et courageux. En 1827, en concertation avec Lacretelle et Chateaubriand, il avait adressé au roi Charles X une supplique en faveur de la liberté de la presse. Or, dans le texte en question, Villemain développe l’utopie dangereuse d’une Grèce antique idéalisée où les guerres sont généreuses, où la résistance est sublime et où l’on meurt forcement pour une noble cause :

Aux belles époques de la Grèce, dans ces guerres généreuses qui n’étaient point entreprises pour l’ambition ou l’intérêt d’un homme, dans ces résistances sublimes de quelques cités libres et civilisées contre toutes les forces de l’Asie esclave et barbare, il y avait un héroïsme, pour ainsi dire, collectif et vulgaire, qui se communiquait à chacun des guerriers victimes d’une si noble cause. La patrie seule était grande dans le sacrifice de ses enfants.

Abel-François Villemain (1790-1870), professeur et homme politi

Ary Scheffer, Portrait d’Abel-François Villemain (1790-1870) © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Gérard Blot

Son concept idéologique de guerre généreuse, à l’opposé d’une guerre intéressée déclenchée par et pour un seul homme, frappe d’abord par sa charge émotionnelle qui, lors de ma première lecture, m’a rappelé le film 300 de Zack Snyder sorti en décembre 2006. 300 glorifie la bataille des Thermopyles et le sacrifice du roi de Sparte Léonidas et de ses 300 guerriers spartes héroïques, contre le roi perse Xerxès et son armée représentés comme monstrueux, décadents et barbares. Dans les deux cas, aussi bien dans le texte littéraire de Villemain du XIXe siècle que dans l’œuvre cinématographique de Zack Snyder de 2006, l’émotion prend le pas sur l’analyse des faits historiques. L’opposition entre grecs et barbares – qui a d’ailleurs son origine même dans le mot grec βάρϐαρος (bárbaros) qui signifie « parlant une langue incompréhensible; étranger; brut, cruel » -, engendre l’opposition entre une guerre généreuse et une guerre égoïste. Ainsi, la démarche dialectique n’est plus un moyen de discussion, de réflexion ou d’échange, mais un outil de séparation.

Pour reprendre la conférence d’Hamed Abdel-Samad, une véritable discussion de ces questions civilisationnelles cruciales manque actuellement en Allemagne. Cette absence de débat démocratique est en partie expliquée par la supposition – erronée – de certains acteurs publiques allemands que l’Islam serait une Église, et donc comparable à l’Église protestante ou catholique allemandes. Or, toutes ces questions sont bien trop importantes pour qu’elles soient traitées dans un court article comme celui-ci, mais si on ne devait tirer qu’une seule conclusion de l’intervention salutaire d’Abdel-Samad, ce serait son encouragement au dialogue et à la réflexion et du rejet de l’émotion, exprimée par insultes et menaces. Autrement dit, peut-être l’apport réfléchi des membres d’une religion en pleine mutation sociétale comme l’Islam, peut-il aider à la réformation de notre propre religion, le christianisme, comme le faisaient au XVIe siècle les Protestants pour le catholicisme. Peut-être ce dialogue nous évitera une énième guerre des religions et donnerait tort à cette phrase du philosophe allemand Georg Willhelm Friedrich Hegel, chantée par Sting :

History will teach us nothing.

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Heinrich Mann, la démocratie et la haine

Né en mars 1871 à Lübeck, ancienne ville hanséatique de l’Allemagne du Nord, Heinrich Mann atterrit dans l’Empire Allemand nouvellement proclamé. Il est l’ainé d’une fratrie de cinq enfants. Le frère cadet de Heinrich, Thomas Mann, deviendra comme lui écrivain; il est l’auteur des Bruddenbrook (1901).

Exclu début 1933 de l’Académie des Beaux-Arts de Berlin dont il était le président depuis 1930, Heinrich Mann est contraint à l’exil par les nouveaux dirigeants national-socialistes. Dès son arrivée en France, l’intellectuel allemand publie plusieurs essais et articles dans des magazines d’exilés et dans La Dépêche de Toulouse afin de dénoncer le régime qui sévit en Allemagne.

En fin d’été 1933 parut d’abord aux éditions Querido à Amsterdam la version allemande de son essai Der Haß, Deutsche Zeitgeschichte, puis en octobre chez Gallimard la version française, La Haine, Histoire contemporaine d’Allemagne. La version allemande est aujourd’hui éditée chez S. Fischer Verlag; en France, aucune réédition n’a été publiée depuis 1933.

Dans La Haine, Heinrich Mann évoque son enracinement dans une certaine tradition allemande, qu’il oppose aux parvenus et nouveaux convertis à la cause allemande :

Je suis issu d’une vieille famille de l’ancienne Allemagne, et celui qui a le sentiment de la tradition est armé contre les faux sentiments. Car la tradition nous rend aptes à la compréhension qui, à son tour, nous incline vers le scepticisme et la douceur. Seuls des parvenus se conduisent parfois en énergumènes.

L’appartenance à une tradition, à une « vieille famille de l’ancienne Allemagne », permet ainsi la compréhension de ses origines et amène lucidité et humilité quant à sa propre importance. Sans cet enracinement, l’homme parvenu doit s’agiter pour exister, cherchant sans cesse la reconnaissance qu’il désire. Un de ces individus excités et possédés est Adolf Hitler, qui, par son incapacité d’accepter ses défaillances artistiques, dirige sa haine contre le jury et ses membres qui avaient défavorablement jugé ces dessins. Heinrich Mann, amer, constate :

Il n’avait tenu qu’à eux qu’au lieu de passer dictateur il restât simple raté.

Dans la suite de son essai, Heinrich Mann met en garde contre le dédain des « civilisés » envers les « barbares », les national-socialistes et leurs origines populaires jugées vulgaires. C’est son ancrage dans la tradition, et non pas dans le nationalisme, qui permet à Heinrich Mann de prévenir les ministres, les parlementaires et les écrivains allemands, qu’ils seront

toutes les victimes indiquées d’une violence sauvage qui montait, déjà s’agrippant au pouvoir et n’attendant plus que l’occasion d’éclater. Eux-mêmes avaient appelé les excès futurs, justement par leur mépris de civilisés pour les forces aveugles et barbares. Ils en ricanaient de dégoût, ils en avaient des sursauts de révolte tardive, d’optimisme fou, et même de la curiosité.

La République dut succomber pour avoir laissé toutes les libertés à ses ennemis et n’en avoir pris aucune.

Des individus sans conscience s’étaient mis en commun pour abuser des libertés publiques mal gardées, et ils avaient profité d’une crise qui tenait plus encore à l‘âme troublée d’un peuple qu’à son économie.

Cette situation rappelle franchement une autre, actuellement en plein essor au pays de la liberté et la fraternité, avec ses dérives dangereuses pour la liberté et la démocratie. Heinrich Mann définit ainsi le racisme comme « la sélection des non-valeurs » et constate que « l’antisémitisme trahit un défaut dans l’équilibre intérieur d’une nation« .

Une phrase de l’exilé Heinrich Mann semble proprement prophétique par son évocation de l’origine de ces « barbares » et « incultes ». Ceux-ci ne sont pas une entité naturelle, mais le résultat d’un manque d’éducation, et victimes de la misère. Le « pauvre diable » de l’Allemagne du début des années 30 devient une figure symbolique de tous les êtres humains privés de leurs droits :

le pauvre diable ne savait que hausser les épaules. Ignare et inculte, c’était trop facile de lui rendre haïssable la République, justement pour qu’il n’aperçoive pas les premiers auteurs de ses malheurs. Vingt ans plus tôt, alors que la misère ne les avait pas affaiblis, tous auraient éventé le truc.

Comment éviter que « les forces aveugles et barbares » nous violentent? En défendant la liberté, en défendant l’information libre et l’éducation et en garantissant une vie décente à tous. Si ces fondamentaux de la démocratie ne sont plus respectés, alors nous allons envoyer encore plus de barbares à l’État islamique, et encore plus de pauvres diables aux partis politiques nationalistes. Car la vraie haine, écrit Heinrich Mann si lucidement, la haine la plus atroce et la plus destructrice n’est pas celle que l’on croit:

La vraie haine, celle dont nous ne mesurons jamais la profondeur, ce ne sont pas nos défauts qui nous l’attirent, ce sont nos qualités.

Isabeau de Bavière, épouse d’un monarque normal

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Isabeau de Bavière. Source http://de.wikipedia.org/wiki/Isabeau

« Isabeau n’était pas capable de grandeur. » Voilà un jugement sans appel, lancé à la tête d’une lectrice de 2014 comme moi qui ne demandait rien. Aucune source n’est citée pour appuyer cet assassinat historique d’Isabeau de Bavière, reine de France et épouse de Charles VI. L’auteur de ces lignes, Philippe Erlanger, ne semblait pas conscient de l’influence exercée par l’Histoire récente sur le jugement de ce personnage. Née vers 1370 probablement à Munich, Élisabeth de Bavière fut marié en 1385 au roi de France Charles VI. Reine de France jusqu’en 1422, elle mourut à Paris en 1435. Quand est-ce qu’elle a changé son prénom, et pourquoi? Je cherche en vain une réponse dans le livre d’Erlanger. Publié en 1945, Charles VII et son mystère, l’ouvrage dont est tiré la phrase du début de l’article, porte ouvertement les stigmates de deux Guerres mondiales. En continuant, je tombe sur une phrase qui évoque ironiquement une certaine actualité en France. Isabeau, écrit Erlanger, fut l« épouse d’un monarque normal » (p. 22). Normal, le roi Charles VI?! Mais je ne suis pas au bout de mes surprises. Isabeau, apprends-je, n’a pas seulement mauvais caractère, elle est aussi une mauvaise reine, elle n’est même pas Française à vrai dire, et bien entendu une « mauvaise mère », comme clame haut et fort le titre du premier chapitre. Isabeau, c’est l’Obsédée de Bavière, de ses châteaux et ses lacs, qui en plus vole les bons Français:

« La Bavaroise aimait les richesses. Pour les gaspiller ou pour les enfouir au fond des souterrains. Pour sa sauvegarde et pour ses plaisirs. (…) Dix-sept années vécues en France n’avaient réussi qu’à exalter sa passion pour sa famille, pour sa patrie. Aucun paysage n’effaçait à ses yeux les montagnes et les lacs bavarois, aucun chevalier ne lui paraissait égaler son frère Louis le Barbu dont elle eût voulu un connétable. Les bonnes gens l’accusaient d’envoyer des trésors en Allemagne, l’appelait l’Étrangère. Elle haussait l’épaule, se souciant peu de popularité. »

Ce mélange de nationalisme et d’anachronisme, parsemé de misogynie, crée un Moyen Âge imaginaire et décadent. Mais ce n’est pas fini. Isabeau la Traînée ressemble plutôt à une odalisque lascive et obscène qu’à une reine de France du 15ème siècle:

« La fécondité de cette déesse du plaisir ne causait nu tort à son élégance, puisque la mode imposait aux femmes de conformer leur taille à celle de leur souveraine et de porter le ventre en avant. Ainsi, auréolée de gemmes, sa lourde gorge offerte, éblouissante de velours, d’hermine et d’or, Madame la Reine passait-elle, triomphante, des festins aux tournois, des bals aux cours d’amour. »

Tout cela ne m’a pas plu, pourtant ce ne sont que les deux premières pages du livre! De quel droit peut-on diffamer une femme de telle sorte? Certes, Isabeau est morte depuis 600 ans et ne risque plus de protester ou de traîner l’auteur de l’ouvrage en justice (qui d’ailleurs est mort lui aussi). Oui, c’est une étrangère, donc une victime facile, une « âme purement germanique », « fière de ses seins », selon les mots de Philippe Erlanger. Qu’est-ce, une âme germanique?! Et pourquoi elle ne devrait pas être fière de ses seins? Je m’arrête ici pour me calmer et poursuivre ma lecture. À suivre donc (si vous voulez bien).

Philippe Erlanger, Charles VII et son mystère. Éditions Gallimard, 1945 (1981).

Mithra et Isis – « L’Empire des Dieux » à Karlsruhe (Allemagne)

« L’Empire des Dieux. Isis – Mithra – Jésus Christ. Cultes et religions dans l’Empire romain », une exposition du Badisches Landesmuseum de Karlsruhe en Allemagne, a fermé ses portes fin mai 2014. Trois heures de trajet en train séparent Paris de cette ville allemande, avec son impressionnant Schloss, le château des anciens souverains du Land de Bade, qui rayonne sur la ville. Cet ensemble harmonieux a été construit au 18ème siècle. L’exposition a eu lieu à l’intérieur du château, couvert alors de bâches et d’échafaudages, qui ont caché la beauté de ce palais baroque.

L’espace d’entrée de « L’Empire des Dieux » simulait l’intérieur d’un temple et rappelait les bases pour une compréhension de la religio romaine: les dii consentes, les Douze divinités les plus importantes du panthéon romain. La religio romaine, selon Cicéron, est définie comme le cultus pius deorum (le culte pieux des Dieux). La pietas romaine ne doit pas être confondue avec la piété chrétienne; elle signifie la bonne attitude envers le Divin. Cette bonne attitude se manifestait dans les dédicaces des stèles, dans la formule latine L.L.M. (Libens Laetus Merito), où la personne, de son libre arbitre, heureuse et avec mérite, accomplissait sa promesse à la divinité. Une des surprises de l’exposition fut une petite statuette de déesse en bronze, ou une fente horizontale permettait d’y introduire des pièces de monnaie. Il s’agit effectivement d’un tronc, comme en existent encore dans toutes les églises chrétiennes.

D.I.M. : LES MYSTÈRES DU MÂLE MITHRA

Une grande partie était consacrée au culte de Mithra. L’introduction de cette divinité très ancienne se consacrait au travail de l’archéologue belge Franz Cumont (1868-1947) et ses publications « Textes et monuments figurés relatifs aux Mystères de Mithra » (1894-1899) et « Les mystères de Mithra » (1900). Ces ouvrages ont considérablement influencé l’interprétation de ce culte « venu d’Orient », mais aujourd’hui, les chercheurs travaillent davantage sur les échanges entre les cultures et sur les pratiques religieuses que sur une supposée opposition de cultures Occident-Orient.
L’étroite collaboration entre deux musées européens (un allemand, et l’autre italien) a permis de réunir les fragments d’un important bas-relief de Mithra de Tor Cervara (Rome), pour redonner au frise de Mithra tueur de taureau, toute sa puissance.

Mithrasrelief von Tor Cervara (Rom), 150 n. Chr

Bas-relief de Mithra de Tor Cervara (Rome), 150 après J.C. © Badisches Landesmuseum Karlsruhe / Thomas Goldschmidt

Certains objets de ce culte indo-iranien, notamment un gobelet représentant une tauroctonie (la mise à mort du taureau), provenant de la Archäologische Staatssammlung de Munich, évoquaient des bas-reliefs de danseuses indiennes et des personnages des temples d’Angkor au Cambodge. Un extraordinaire autel à double face, avec une représentation de Phaéton d’un côté et Mithra de l’autre, provenait du Museum Fechenbach de Dieburg en Allemagne.

Un autre objet surprenant était le glaive de culte, probablement utilisée pendant les cérémonies d’initiation du culte mithriaque, trouvé sur le site du hameau romain de Riegel. Afin de créer l’illusion d’une personne transpercée par une épée, la courbe de l’objet épousait le corps de la personne et montrait à l’initié seulement les deux extrémités de l’arme qui semblaient ainsi « sortir » des deux côtés du corps.

Kultschwert. "Imperium der Götter", Badisches Landesmuseum, Karlsruhe

Glaive de culte. Expo « Imperium der Götter », Badisches Landesmuseum, Karlsruhe

Un modèle grandeur nature du Mithraeum de Santa Maria Capua Vetere permettait de pénétrer dans un de ces lieux de culte caverneux, voutés et sombres, décorés de fresques, avec deux bancs incorporés de chaque côté, et une représentation central de Mithra au fond de cet espace. Deux personnages porteuses de torches, Cautes et Cautopatès, flanquaient l’entrée de cette grotte reconstituée.

Le culte mithriaque ne faisait pas partie des cultes officiels romains et était interdit aux femmes. Mithra était un dieu mâle, guerrier, et son culte particulièrement adapté à un univers martial. Son implantation dans des villes de garnisons et des villes portuaires dans l’Empire le montrait bien. Ce dieu, à qui on adressait la dédicace D.I.M. Deo Invicto Mithrae (Au Dieu Mithra invaincu), incarnait le Masculin.

ISIS LACTANS et MATER MAGNA

Parallèlement au « culte masculin » de Mithra existait le « culte féminin » de la déesse Isis, qui en revanche n’était pas réservée aux femmes. Isis est ainsi représentée sur les plaques en terre cuite du temple d’Apollon du Palatin à Rome, qui date de l’époque augustéenne. Ces deux divinités étaient parfois liées. Lors des cérémonies religieuses, on portait des masques d’animaux, pour Isis celui du dieu égyptien Anubis, ceux d’un corbeau ou d’un lion pour Mithra. Des fêtes honoraient deux épisodes de la vie de la déesse. D’abord le Navigum Isidis, le vaisseau d’Isis, qui a eu lieu le 5 mars et qui commémorait sa recherche d’Osiris, son époux. La deuxième, célébrée fin octobre, début novembre et appelée Inventio Osiridis, était la fête de la découverte d’Osiris.

À l’époque romaine, Isis, divinité d’origine égyptienne, est souvent accompagnée de Sérapis, une transformation grecque du dieu d’Égypte Osiris. Le troisième élément de cette triade divine est le dieu enfant Harpocrate, un avatar du dieu égyptien Horus. Un relief funéraire du port d’Ostie près de Rome, le montre avec sa mèche de l’enfance, et portant un oiseau.

Une deuxième déesse qui a occupée un espace important de l’exposition, est la Magna Mater, souvent représente sur un trône de lions et parfois identifié à Cybèle. Attis, son amant, est lié à une iconographie violente: mourant, il s’émascule sous un pin dans lequel, selon une certaine tradition, il se transforme.

Sans vouloir insister sur la dichotomie stricte entre le masculin et le féminin dans la religion romaine, ou de construire hâtivement un parallèle, on peut constater que la religion chrétienne, née elle aussi autour d’un homme et de ses disciples hommes, propose au cours de son évolution une figure d’identification féminine à ses adeptes femmes. La vierge Marie est ainsi représente assise et allaitante, un lointain écho des statuettes d’Isis lactans, Isis allaitant le petit Harpocrate. Cette iconographie, qui lie culturellement l’antiquité et le Moyen Age, n’est pas la seule qui a traversée les siècles. Malgré l’évolution profonde de la relation entre les sexes, notamment au 20ème siècle, et sans vouloir tomber dans un manichéisme sexiste ou une simplification réductrice, il semblerait que quelques figures de la religion romaine sont restées ancrées dans l’imaginaire occidentale depuis l’antiquité : la femme donne la vie, l’homme la mort. C’est d’autant plus remarquable que le christianisme, né au sein du monde romain, a proposé de croire à l’impossible : croire à un homme qui donne la vie, et mieux encore: croire à un homme qui donne la vie éternelle.

Albrecht Dürer, l’artiste total, au musée Städel de Francfort

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Albrecht Dürer, Trommler und Pfeiffer, um 1503/05. Köln, Wallraf-Richartz-Museum & Fondation Corboud © Rheinisches Bildarchiv Köln, rba_c005674

Parmi les artistes de la Renaissance, Albrecht Dürer incarne le patrimoine identitaire allemand au même titre que Holbein en Angleterre et Clouet en France. Dürer (1471–1528) a tellement inventé, transformé, influencé et crée qu’il a réussi à marquer l’Histoire et l’Histoire de l’art avec un éclat et un prestige inégalés. La dernière exposition qui lui est consacrée se tient jusqu’au 2 février 2014 au musée Städel à Francfort-sur-le-Main en Allemagne. La plupart des œuvres – environ 190 peintures, gravures et dessins – sont de la main du maître de Nuremberg, mais une autre soixantaine provient de ses contemporains européens comme Bellini, Schongauer, Hans Baldung Grien, Jacopo de’Barbari, Joos van Cleve et Lucas van Leyden.

Dürer, qui s’est représenté lui-même sur la peinture ci-dessus, derrière le fifre, portant une cape rouge bordé d’or et battant un tambour, a réuni tous les aspects d’une vie artistique complète : la production d’artisanat d’art, les commandes d’art religieux et lithurgiques, des retables, des portraits, des dessins, des gravures, l’édition de livres comme « L’Apocalypse » de 1498 avec ses quinze gravures, mais aussi – et beaucoup moins connu – la réalisation d’une œuvre de communication princière, la « Porte d’honneur« , exécutée pour l’empereur Maximilien I. d’Habsbourg (1459-1519).

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La « Porte d’honneur de Maximilien » dans l’exposition « Dürer. Kunst – Künstler – Kontext ». Musée Städel, Francfort © Norbert Miguletz

Le peintre de cour Jörg Kölderer a conçu vers 1506 l’architecture du projet, basé sur le programme iconographique de Johannes Stabius (vers 1468-1522) et de l’empereur Maximilien d’Autriche, qui confia en 1512 sa réalisation à Dürer. En collaboration avec plusieurs autres artistes, notamment Albrecht Altdorfer, le travail a été terminé vers 1518. De cette « Porte d’honneur de Maximilien« ,  700 exemplaires ont été imprimés, puis – à partir des bois originaux – trois autres éditions complètes jusqu’au 18ème siècle.

Il s’agit de la plus grande gravure sur bois jamais produite. L’ensemble monumentale, haute de plusieurs mètres, est constitué de 195 bois, exécutés par des artisans de Nuremberg et d’Augsbourg, puis imprimés sur 36 feuilles de papier numérotées. L’exemplaire montré dans l’exposition du musée Städel, conservé à Braunschweig, est colorée et dorée à la main.

Duerer_Ehrenpforte

Albrecht Dürer et al., Ehrenpforte für Kaiser Maximilian I, 1517-1518 © Herzog Anton Ulrich-Museum Braunschweig, Kunstmuseum des Landes Niedersachsen

Cette œuvre gigantesque avait une fonction représentative et de propagande, similaire aux tapisseries, fresques ou peintures murales. Il est fort probable qu’il s’agissait ici d’un exemplaire de prestige, prévu pour être offert aux maisons royales et princes de l’époque.

À côte de cette œuvre impressionnante, de portraits célèbres comme celle de la mère de Dürer, des femmes et des saints et des gravures mondialement connues comme le Rhinocéros ou la Mélancolie, figurent en vedette les panneaux du retable Heller, exécutés entre 1507 et 1509 par Dürer et Mathis Gothart Nithart, dit Grünewald, pour un commanditaire prestigieux de Francfort. Démembrés depuis et aujourd’hui partagés entre le Historische Museum Frankfurt, le Staatliche Kunsthalle Karlsruhe et le musée Städel, les panneaux du retable Heller, conçu pour l’église du monastère dominicain de Francfort, ont été réunis pour la première fois depuis sa création il y a plus de 500 ans, dans cette exposition. Entre découverte et redécouverte, l’univers fascinant d’Albrecht Dürer garde toute sa puissance de séduction – la preuve : la queue quotidienne et interminable devant l’entrée du musée.

Ausstellungsansicht "Dürer. Kunst - Künstler - Kontext" Städel Museum, Frankfurt am Main Foto: Norbert Miguletz

Le retable Heller. Exposition « Dürer. Kunst – Künstler – Kontext ». Musée Städel, Francfort © Norbert Miguletz

Ab nach Algerien – rheinländische Auswanderer im 19. Jahrhundert

Blick über die Stadt Algier, Algerien. © A.B.

Blick über die Stadt Algier, Algerien. © A.B.

Armut, Misernten, Schulden, zu harte Lebensbedingungen und schließlich die Hoffnung auf ein besseres Leben haben im 19. Jahrhundert Hunderttausende von meist armen Menschen in die Transatlantikliner getrieben. Jeder kennt die Formeln vom « american dream » und « Go West ! » und den kultischen ersten Blick auf die Freiheitsstatue, der allerdings erst ab Herbst 1886 möglich war, dem Datum der Einweihung der Statue durch den amerikanischen Präsidenten Grover Cleveland. Weniger bekannt ist, daß viele Menschen nicht den Atlantik, sondern das Mittelmeer überquerten, mit dem Ziel, sich in weitaus weniger fernen Gefilden auzusiedeln, wie zum Beispiel im damals französischen Algerien.

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Siebenmeilenstiefel gibt’s nur im Märchen – und im Schloss von Brézé

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Die Siebenmeilenstiefel. Schloss von Brézé. © A.B.

Jeder kennt sie, aus den Märchen der Brüder Grimm, aus Hauff, Heine, Goethe und Chamisso und natürlich aus der Geschichte von Charles Perrault, « Der kleine Däumling » – die Siebenmeilenstiefel. Der Riese aus Perrault’s Geschichte benutzt die Zauberstiefel, um den kleinen Däumling, « Petit Poucet » im Französischen, und seine Brüder zu verfolgen :

« Die Siebenmeilenstiefel waren eine der schönsten Erfindungen der alten Zeit, nur befanden sie sich leider nicht immer in den besten Händen. Wer sie an den Füßen hatte, legte mit jedem Schritt sieben Meilen zurück, also mit zehn Schritten nicht weniger als siebzig Meilen. Da ist die Eisenbahn nichts dagegen, obwohl wir uns so viel darauf einbilden. Mit diesen Siebenmeilenstiefeln stieg der Riese über Berg und Tal, hin und her, die Kreuz und Quer, immer nach den Knaben suchend. »

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